La fin, enfin!
Me voilà donc à 2 milles de cette satanée bouée, je commence à penser que je vais y arriver, dans un optimisme béa je me dis dans 30 min j’y suis. Ah oui mais là non en fait. Il me faudra plutôt 1h30 pour faire ces 2 milles…
Je comptais faire deux bords, j’essaie de me placer sur le cadre avant de virer. M’estimant au bon endroit je vire, le chariot de GV se bloque… au vent bien sûr, je ne vois rien, je ne comprends pas pourquoi et ça commence à m’agacer profondément. Je suis gelée mais je me dis que je vais attendre le portant pour mettre ma polaire restée à l’intérieur. Je me réconforte en me disant qu’au portant comme je vais avancer vite le vent apparent va diminuer fortement et j’aurai moins froid. En sortie de virement je me fais littéralement couchée, mât au ras de l’eau sans rien comprendre. Je n’ai même pas eu le temps de reprendre la bastaque (câble qui retient le mât sur l’arrière). Je m’envole de l’endroit où je suis assise et je suis retenue par mon bras passé par dessus la filière, ces fameuses filières qu’il a fallu dégainer il y a quelques temps. C’est sûr que dégainée ça fait bien plus mal. La filière racle de mon épaule à mon coude et se bloque là. Je hurle de douleur, je découvrirai en rentrant un bleu énorme et ça saigne même. Je précise qu’à ce moment là j’avais bien un T-shirt un pull et mon ciré! Je commence à être passablement énervée rien ne va plus. L’alarme de l’anémomètre ne s’arrête plus les 30 nds sont définitivement établis. En réalité il y a même 35 nds établis avec d’énormes rafales qui couchent le bateau. Et ça dure…
J’hésite à mettre le tourmentin sachant que ça va continuer à monter puisque tout est conforme aux prévisions météo. Mais l’idée de batailler sur un plan vertical complètement envahi par l’eau (la plage avant est recouverte par les vagues) pendant que le pilote va faire n’importe quoi et me faire perdre de la distanc en dérivant me paraît stupide. Autant s’acharner sur les 1,5 milles qu’il reste plutôt que d’en perdre 2 et de recommencer.
Je tire donc encore 4 bords avec toujours le formidable bord à 100° de la route et je finis par atteindre au bout d’une heure trente épique cette fameuse bouée. J’ai bien du mal à la repérer. D’abord il y a un genre de colline avec une route. A chaque fois qu’une voiture passe j’ai l’impression qu’un feu blanc se déplace et j’ai toujours peur de heurter un bateau. Ensuite la bouée a un flash light mais le problème c’est que dans le coin il n’y a que ça des feux clignotants ou scintillants. Mais à 0,3 mille de la bouée, au moment où je fais enfin route directe dessus (avec même un léger hors cadre pour être bien sûr de ne pas avoir à virer trop souvent) je la vois et c’est un sacré soulagement.
Reste un détail qui m’inquiète quand même pas mal, il faut laisser la bouée à babord (sur la gauche), ce qui signifie qu’il faut empanner (la grand’voile balaie tout l’arrière du bateau) ce qui promet d’être sportif avec 35 nd établis et des rafales à 40. Le tout en essayant de garder une main sur la bastaque avant de voir la tête de mât partir sans moi!! Mais finalement ça passe et là je mets enfin le cap sur Port Camargue, et ça défile vite. Je pars à plus de 10 nds, la mer est plate puisqu’on est au ras de la côte ça ne surfe pas encore. Dans les rafales je sens le bateau accélérer brutalement c’est assez génial.
Mais très vite le vent faiblit, en réalité je suis à la bordure d’un nuage, sachant que sous les nuages le vent est beaucoup plus violent. Mais à ce moment là je n’y pense pas… Je renvois le troisième ris en prenant un peu mon temps histoire d’éviter toute galère supplémentaire. Comme c’est assez stable sous pilote je rentre mettre enfin ma polaire. Je ressors et décidant que 7 nds n’est pas une vitesse acceptable pour redescendre je renvois le 2ème ris. A un moment je me dis même que c’est possible d’envoyer le spi mais je ne me sens pas trop… Une rafale et un retour sous le nuage me rappellent à l’ordre, je fais même un départ au lof. A la réflexion c’est plutôt le gennaker qu’il faut mettre (genre de grand génois qui s’installe sur le bout-dehors). L’ennui c’est que d’une part le mien est immense puisqu’il va jusqu’en tête de mât, il faudrait donc prendre un ris dedans, d’autre part je n’ai pas d’enrouleur. Et je sais par expérience (lors de la Mini Barcelona) que lorsqu’on part au tas avec, ça peut être très long à redresser et je n’ai pas le physique pour l’affaler dans cette posture…
Je décide donc d’assurer, j’ai encore besoin de mon mât et de mon gennaker pour plus tard, je passerai la nuit sous GV 1 ris et solent arrisé. A chaque fois que le vent mollit je me dis que c’est dommage pour le gennaker, à chaque fois que ça forcit je me dis que j’ai bien fait d’être raisonnable, parce que quand même les rafales sont fortes…
De toute façon je garde un oeil dans le rétroviseur et je surveille les éventuels bateaux qui pourraient me rattraper. Devant je vois le feu blanc de Zoukati, très loin. C’est d’ailleurs assez incroyable la portée de ce feu! Il choisit de passer entre la terre et les parcs à moules entre Agde et Sète, je le suis ce qui nous vaudra de s’écarter trop loin du nuage et de passer une heure à se trainer à 5 nd en attendant de retourner dessous au niveau de Sète. Sur toute la fin du trajet il y a pas mal de vague, ça surfe plutôt bien, c’est sympa. Il y a quand même quelques vagues qui arrivent un peu de travers et qui engendrent quelques départs au tas. Il s’agit d’être bien vigilant (et donc de ne pas lâcher la barre), de les prendre pile vent arrière et de reprendre la bonne route juste après, une fois que ça surfe. Tout un programme…
Au lever du jour j’aperçois Colibri (le bateau jaune) derrière moi et derrière lui Gaël sur Okoumé (le bateau rouge). Mais il reste une grosse heure de navigation durant laquelle je m’applique toujours pour ne pas être rattrapée et finalement vers 8h30 après 22h de barre non stop, 4 barres de cérales, 20cl d’eau et 0 minute de sommeil, je franchis la ligne d’arrivée, contente de finir.
Je suis 7ème en série et 12 au général. Sur 35 bateaux au départ seuls 17 passeront la ligne d’arrivée. Les autres auront soit abandonné soit franchi la ligne plus de 5h après le premier, c’est à dire trop tard pour être classé, et ça c’est dur.
Un zodiac vient me chercher et Zoukati m’aide à m’amarrer. Ensuite je file sous la douche puis prendre un petit déjeuner avec Bertrand (Colibri) et Gaël. L’après-midi ça sera sieste et rangement. Je déplore la perte de mon feu à retournement (avec les 5 piles qui sont dedans, pas terrible pour l’environnement), un ridoir de filière (pièce métallique qui permet de tendre la filière) perdu dans le port à l’arrivée, si si!, et mon anémomètre qui prend quelques libertés en tête de mât. Nous réparerons tout ça vendredi prochain…
Je suis consciente qu’il y a beaucoup de texte et pas de photos mais franchement avec ces conditions l’appareil photo reste bien au chaud! Vous en aurez peut-être plus tard prises au départ par les bateaux accompagnateurs.