Archives pour juin 2007

Musique

Vendredi 29 juin 2007

Les organisateurs de la Transat demandent à chaque coureur de choisir un morceau de musique qui sera diffusé avec les 83 autres sur les pontons avant le départ et qui sera mis sur un CD (enfin, si j’ai bien compris, parce que 84 titres sur un même CD ça fait beaucoup).

Donc il faut que je trouve un titre qui ne casse pas les oreilles de tout le monde et qui soit en relation avec la Transat, la mer, la navigation et/ou sympa. Ayant déjà éliminé Mistral Gagnant je sollicite vos avis. Pour le moment j’hésite entre:

- Le Cafard des Fanfares de Ours (album Mi). Rien à voir avec la mer etc… mais elle me plait bien. Je trouve le rythme sympa, j’imagine le bateau en train d’avancer comme il faut. Vous pouvez l’écouter en cliquant sur un album puis en choisissant ensuite le morceau 1.

- Orange, toujours de Ours, même album. Là non plus rien à voir la mer mais ça parle de quelqu’un qui n’est plus motivé par rien, dont la vie est terne et monotone, un peu comme la mienne jusqu’au jour où je me suis dit que ça devait changer et j’ai acheté mon mini! Rassurez vous depuis il y a eu du changement (à part côté boulot…). Vous pouvez l’écouter ici en cliquant encore sur album puis en choisissant ensuite le morceau 6.

- Droit Devant des Dobacaracol, album Soley. Toujours pas grand chose à voir avec la voile mais bon! Vous pouvez l’écouter en cliquant  puis en choisissant le bon morceau en haut à droite. Vous pouvez aussi jeter un coup d’oeil au site de ce groupe canadien très sympa, y compris en concert.

- Baiser Salé, encore des Dobacaracol, même album. Là on sent que le titre se rapproche de la mer. Vous pouvez écouter le morceau en cliquant  et en choisissant également le bon morceau.

Voilà l’état de mes pensées. Bien sûr vous pouvez suggérer d’autres morceaux. C’est vaste la préparation d’une Transat!

Navigation en famille

Jeudi 28 juin 2007

Le we dernier mes parents et mon frère sont venus voir Félibre pour la première fois. Il faisait un temps magnifique, 12 nd en milieu d’après-midi, 5 à la fin, juste ce qu’il fallait pour faire une petite sortie. Le départ fut un peu chaud, comme souvent en l’absence de moteur mais une fois dans la baie tout s’est arrangé. Papa et Renaud ont pu barrer, on a envoyé le spi bleu électrique tout beau tout neuf et on a réussi à l’affaler sans le mouiller (pas question de refaire le coup du rinçage!). On a été du côté d’Espiguette, on a rasé la cardinale Nord et on est rentré avant que le vent nous fasse le coup de la pétole! Voilà un petit film de nos aventures. Vous aurez sûrement quelques photos un peu plus tard mais les parents les détiennent et il va être dur de leur arracher!

 

A première vue ils n’ont pas l’air traumatisés, ils ne sont pas mis à hurler que je ne pouvais pas partir sur un tel rafiot, tout va bien. Ils trouvent juste qu’il y a beaucoup de bazar dans le cockpit, ce qui est normal car d’une part il s’agit d’un Super Calin, d’autre part je dois racheter plein de sacs à bouts car les miens sont tous déchirés. Et je dois également changer les bastaques qui vrillent. Le rail de fargue est aussi à repeindre, Papa se propose pour la dernière semaine avant le départ… pas sûr que le timing soit excellent!

Appareil photo

Mardi 26 juin 2007

La semaine dernière je vous parlais d’un achat obligatoire pour la Transat, les cartes marines. Voici donc aujourd’hui quelques explications sur un objet pas du tout imposé mais totalement indispensable à mes yeux: l’appareil photo.

L’an dernier durant ma qualification je n’avais pas d’appareil photo numérique, juste un jetable pour cause de départ précipité. Je n’ai pas pu prendre autant de photos que je l’aurais souhaité, pas de vidéo. Je n’ai pas non plus pu faire d’auto-portrait car je n’avais pas les moyens de vérifier mon cadrage et au développement ça coûte un peu cher.

Cette année j’ai donc un appareil photo numérique très chouette qui me permet de  prendre plein de photos pour vous faire partager un peu mes aventures et pour que j’en garde aussi des souvenirs. J’en suis venue à me poser la question de l’achat d’un camescope pour la Transat mais le prix m’a arrêtée instantanément, d’autant plus que le risque de noyer l’engin n’est pas négligeable.

Je me suis donc reportée sur mon cher appareil photo qui fait des films comme vous avez pu constater. Mais il fallait l’équiper un peu. D’abord la batterie n’est pas inépuisable, j’ai donc investi dans un chargeur 12V qui se branchera sur la prise allume-cigare reliée aux batteries du bateau. Ensuite les films prennent pas mal de mémoire, j’ai donc acheté une carte de 4Go pour ramener plein de souvenirs. Tout ça s’obtient facilement avec un délai de trois semaines, à des prix imbattables, sur eBay. C’était mes premiers pas sur ce site mais j’ai été conquise par les tarifs, surtout dans ce domaine (photo numérique) où tout se trouve à … Hong-Kong! D’où le délai de trois semaines…

Il restait encore un problème qui m’énervait de longue date: je ne ramène que des photos de beau temps et de mer belle, puisque dès qu’il fait mauvais l’appareil reste au chaud, histoire d’améliorer sa durée de vie. Mais non, il ne fait pas toujours beau, oui il y a parfois de grosses vagues, de l’eau qui arrose le pont en giclant de partout, c’est ça aussi le bateau.

Du coup j’ai trouvé LE truc génial, le caisson étanche pour appareil photo. Il faut juste trouver le modèle qui va parfaitement avec l’appareil sinon c’est impossible d’appuyer sur les boutons une fois qu’ils sont dans la boîte! Mais chez Sony ils font ça bien (normal vu le prix des accessoires) et j’ai trouvé mon bonheur. Il ne restait plus qu’à le commander… sur eBay une fois encore et le tour était joué.

Caisson étanche emballé          Caisson étanche

Me voilà donc bien équipée, plus d’excuse pour ne pas vous ramener de magnifiques photos et vidéos. Je vais peut-être quand même emmener aussi un dictaphone, pour enregistrer mes impressions quand il n’y aura rien de particulier à filmer. Même avec 4Go ça va vite!

Cartes marines

Jeudi 21 juin 2007

Maintenant que je suis sûre de participer à la Transat il faut commencer à acheter le matériel nécessaire et/ou obligatoire. Hier c’était donc au tour des cartes marines. Les cartes marines papiers nous sont indispensables car nous n’avons pas le droit aux cartes électroniques. Sans carte impossible de reporter la position du GPS, impossible de savoir où l’on est, où sont les dangers. Et notre traversée, qui n’est pas du tout Est/Ouest, nous fait longer beaucoup de côtes comme le Portugal et le Nord de l’Afrique, traverser des archipels (Canaries, Cap Vert), sans compter les arrivées à Madère et au Brésil. La carte ci-dessous est celle utilisée pour la Mini Lions.

Carte marine

Concrètement l’organisateur de la course, GPO (Grand Pavois Organisation), fournit une liste des cartes que l’on doit obligatoirement avoir à bord. Grosse nouveauté de l’année les photocopies sont interdites, il paraît que lors de la dernière édition de la Transat, à l’arrivée, on avait du mal à considérer certains chiffons comme des cartes! Bien que je comprenne l’intérêt des originaux je suis bien embêtée car Manuel, l’ancien propriétaire de Félibre, m’avait donné toutes les photocopies nécessaires.

Ce qu’il faut savoir pour bien comprendre l’histoire c’est qu’il ne faut pas moins de 14 cartes pour couvrir notre trajet. Comme chaque carte vaut 19,60€ le compte est vite fait! Bertrand, skipper de Colibri, en route pour la Transat lui aussi, m’avait gentillement informée qu’il était possible de les avoir avec une réduction de 10% à la Grande-Motte mais avec un délai d’un mois. C’est ça aussi le milieu des ministes, on se refile les bons plans et on essaie d’économiser sur tout! Comme je n’avais pas tellement envie d’aller à la Grande-Motte (surtout en cette saison), ni de payer des frais de port j’ai tenté de négocier avec la superbe librairie maritime de Marseille, la librairie Outremer, spécialisée là-dedans et j’ai récolté les mêmes 10% de réduction, sauf que le délai de livraison n’est que d’une semaine. Du coup j’en ai profité pour commander aussi les cartes qui me manquaient pour la Transgascogne.

Et j’envoie un gros merci à mes grands-parents qui m’offrent toutes ces cartes pour me guider jusqu’à l’arrivée, ce sera mon cadeau d’anniversaire!

Une bonne chose de faite, il n’en reste plus que 1976 (changement de câble VHF, transport du bateau vers l’Atlantique, commande de nouvelles voiles, trouver un garage pour la voiture pour 3 mois, etc, etc…)!

Mini Lions, récit de la course 6

Mardi 19 juin 2007

Jeudi 7 Juin

Nous voilà donc au large de la Camargue, vers la cardinale de Piémanson, celle qui précède Faraman. Et là nouvel arrêt buffet, plus de vent. En revanche on est dans un brouillard épais, toujours aussi humide, ça commence à être franchement pénible. Et tout à coup un bateau sort du brouillard, juste à côté de nous. C’est Gandar, un Pogo 1 qui a abandonné et qui a fait demi-tour avant la Corse. Il a une grand’voile noire, ça fait un peu bateau fantôme. Au début, dans un optimisme béat je l’ai pris pour Vecteur Plus, le proto en tête de la course. J’avais un peu du mal à y croire mais d’une part le numéro de course est presque le même (je l’avais vérifié aux jumelles), d’autre part la grand’voile de ce dernier est verte donc sombre et dans le brouillard on n’y voyait pas très bien. J’ai imaginé qu’ils étaient resté coincés dans la pétole plus longtemps que nous mais non… Laurent à son réveil rectifiera l’erreur immédiatement! Voilà donc une photo de Gandar, le bateau fantôme dans la pétole et le brouillard…

Gandar dans la brouillard

Il doit être environ 6h du matin. Une heure plus tard dernière vacation radio, on apprend donc que Gandar a abandonné (au début on le croyait encore en course) et qu’Okoumé est parti au large dans une option radicalement différente de la notre. Comme le disait Laurent hier dans son commentaire nous avions choisi de rester proche de la route directe pour plusieurs raisons. D’abord la météo n’était pas du tout claire et le vent pouvait rentrer d’un côté comme de l’autre. En étant au milieu on ne peut pas faire de coup d’éclat mais on minimise aussi les pertes éventuelles qui peuvent être énormes si l’on est loin de la route. D’autre part en étant plus proche de la côte on espérait avoir plus vite le thermique (qui, avec ce brouillard, a mis pas mal de temps à se lever). Enfin si c’est pour avancer à faible vitesse autant faire le moins de chemin possible. Et pour finir on ne s’attendait pas à ce courant incroyable, sutout en dehors de l’axe du Rhône, ça ne m’était jamais arrivé alors que je suis passée par là un bon nombre de fois.

On apprendra à l’arrivée que Gaël a tenté le tout pour le tout, c’est à dire que sachant qu’il ne pouvait pas nous rattraper en restant derrière nous (on avait trop d’avance) et que derrière il ne craignait rien (les autres avaient trop de retard) il est parti au large en espérant que ça marcherait. Et apparemment il savait qu’à terre il y aurait du courant.

La vacation passe, les conditions restent exactement les mêmes, brouillard, pétole et courant! Eh oui, il est toujours là celui-là. Et il est plutôt fort. On recule, c’est la crise. La cardinale s’éloigne à vue d’oeil, il n’y a rien de plus énervant. Notre vitesse due à la dérive donne l’impression qu’il y a du vent, la girouette garde une direction fixe. Au début je ne comprends rien, je me dis qu’il y a du vent, j’essaie de m’orienter convenablement par rapport à ce dernier et brutalement il tourne de 90°. Je réitère l’opération, même résultat. En réalité mes manoeuvres nous font pivoter dans la veine de courant et changent notre angle de dérive, donc l’angle du vent apparent. Inutile de s’acharner, il n’y a pas un souffle d’air.

De temps à autre on dirait pourtant qu’une risée (faible vent) est là, juste devant nous. La surface de l’eau est ridée, plus sombre. On essaie tant bien que mal de se traîner jusqu’à là-bas et hop on à l’impression de monter sur un tapis roulant qui ne va pas du tout dans la bonne direction et on se fait éjecter. Là encore on retente et le résultat est le même. Ces pseudos risées sont en fait des veines de courant avec des directions variées qui agissent comme des tapis roulants jusqu’à ce qu’on en sorte, en général encore plus loin de la cardinale qu’avant. Et en discutant avec les autres à l’arrivée on y aura tous eu droit, avec le même espoir pour chacun!

Je commence à m’énerver, voilà plusieurs heures qu’on est dans cette situation et je crains qu’Okoumé ait un peu plus de vent que nous. De toute façon moins c’est pas possible. Je l’appelle à la VHF et il me rassure, chez lui c’est pareil. Laurent pense à jeter l’ancre (il y a 30m de fond) afin qu’on évite au moins de reculer. Mais l’opération est compliquée, il faudrait utiliser une drisse de rechange (voir deux) car le mouillage est loin de faire 40 mètres! Et il faudra aussi les remonter à la main en 4ème vitesse une fois que le vent reviendra.

Un chalutier passe à côté de nous, à très faible allure puisqu’il traîne son filet. Derrière lui des centaines de mouettes se battent en faisant un bruit incroyable. J’en viens à espérer que le courant va être modifié par le filet et que, comme le chalutier va là où nous voulons, nous allons enfin monter sur un tapis roulant direction Port-Camargue! Je ne serai pas la seule à avoir cet espoir, Erwann, l’équipier de Gaël, me racontera le soir avoir eu le même ! Bien sûr ça ne marche pas. On va rester là, à dériver dans le mauvais sens jusqu’à 11H, soit 5 heures de perdues!

A 11h le soleil et le vent reviennent, enfin pas trop fort le vent, à peine 5 nds! On repart au près et on passe enfin cette foutue cardinale de Piémanson qu’on a regardé s’éloigner pendant 5h! On enchaîne toujours au près et une heure plus tard on passe la cardinale de Faraman. Et là Laurent n’en croie pas ses yeux. On s’approche, on la vise pour faire le dernier virement, et on se plante d’environ 40°! Incroyable mais vrai on fait 140° entre les deux bords, toujours à cause de ce courant de malheur. On recommence, on se dit que là quand même ça devrait être largement bon et non. La troisième fois sera la bonne et on quitte cet endroit qui ne restera pas un bon souvenir.

Cette fois on est en route directe sur la cardinale des Barronets, à quelques milles de Port-Camargue. Devant nous un bateau nous montre le cap à suivre, on apprendra à l’arrivée que c’est le proto Ma Vie. Au vent, assez loins, il y a plusieurs bateaux et nous avons du mal à savoir qui fait partie de la course et qui est en croisière! Le vent adonne, on ressort le gennaker qui de toute façon dort sur le pont depuis 3 jours… Manoeuvre rapide, on est rodé.

Laurent scrute l’horizon à l’aide des jumelles et tout à coup me lance “C’est Okoumé là-bas, au vent!” Je ne veux pas y croire et lui réponds “T’es sûr? La coque est bien rouge?”. Il est catégorique, la coque est rouge, le gennaker est blanc et en plus ils ont une troisième voile, noire. Revoilà Okoumé et ses trois voiles qui nous avaient déjà été fatales sur la fin de la traversée Corse/continent. En plus ils sont plus abattus (loins du vent, pas démoralisés!) que nous d’environ 5° puisqu’ils reviennent du large. Donc ils vont plus vite, pas beaucoup mais suffisament…

Une heure plus tard le bateau devant nous sort son spi qui est rose, on reconnait un de nos compagnons de la traversée continent/Corse. Okoumé fait de même rapidement. Moi je trouve que c’est bien trop serré (le vent est trop proche de notre axe) pour sortir le spi mais si le bateau de devant le tient, ça devrait aller. De toute façon si l’on n’essaie pas on est sûr de rester derrière. Changement gennaker /spi express, Laurent connaît le truc par coeur maintenant. Et le résultat ne se fait pas attendre, le bateau est couché, ça ne marche pas tellement. Autant je comprends que pour Okoumé ça se passe bien puisqu’il a 5° de marge autant je ne comprends pas que le bateau de devant reste bien droit alors que le bas de notre spi traîne dans l’eau tellement on est vautré! Evidemment si j’avais su que c’était Ma Vie, un prototype avec ballast et quille pendulaire je ne me serais plus posée la question!!

Mis à part que tout ça est très inconfortable on ne perd pas de vitesse par rapport au gennaker donc on décide de finir le bord comme ça. De toute façon, on en est bien conscient, c’est foutu, Ma Vie est loin devant (ce qui est logique) et Okoumé est également hors de notre portée. On se console en se disant qu’on a fait le meilleur choix qu’on pouvait en restant à la côte, compte-tenu des éléments dont on disposait, et en se disant qu’Okoumé étant classé en prototype on conservera la même place au classement série.

Une heure plus tard on passe la cardinale des Barronets, 15 minutes plus tard celle d’Espiguette et encore 20 minutes après la cardinale Nord qui balise le dernier banc de sable avant le port. On entend à la VHF les passages sur la ligne d’arrivée de Ma Vie et Okoumé et, un ultime empannage, plus tard on passe à notre tour entre la bouée jaune et la digue qui matérialisent la ligne d’arrivée, 15 minutes après Okoumé qui en profite pour nous filmer.

On rentre dans le port, Gilbert nous aide à nous amarrer avec son zodiac. Rangement du bateau, rinçage et petit apéro sur le ponton, avec Okoumé, pour cloturer tout ça.

Le lendemain soir ce sera barbecue entre ministes chez Gilbert et le surlendemain aura lieu la remise des prix.

Mini Lions, récit de la course 5

Lundi 18 juin 2007

Mercredi 6 Juin

Suite du récit de la nuit entammé dans mon précédent post

L’aube pointe tandis que nous sommes au Cap Camarat. Je barre et réveille régulièrement Laurent pour manoeuvrer. J’ai perdu les autres, leurs lumières étant confondues avec celles de la terre. Le ciel est couvert, chargé de nuages très noirs, il fait sombre, on ne distingue pour le moment que quelque formes mais rien de bien précis.

Alors que nous allions franchir le Cap Camarat au dernier empannage je vois arriver un bateau derrière nous, qui revient du large alors que nous arrivons plus proche de la terre. De loin son spi parait blanc et une lumière rouge sort de l’intérieur de son bateau. Ni une ni deux, je pense immédiatement à Okoumé puisqu’il était juste derrière nous au Lion de Mer il y a quelques heures, qu’il possède lui-même un spi globalement blanc et une lumière rouge à l’intérieur de son bateau (et accessoirement le même bouquin météo où il aurait pu trouver la même information que moi). La bataille recommence. Ils font le tour des rochers du Cap Camarat, je choisis le chemin le plus court et coupe au travers, à un endroit bien précis où il y a assez de fond. Au cap suivant le vent tourne bizarrement nous obligeant à repartir vers le large, laissant filer le soit disant Okoumé. Puis soudain le vent rentre d’Est alors que le météorologue nous avait annoncé de l’Ouest. Pour nous c’est du bonus, on peut continuer sous spi sur la route au lieu de tirer des bords au près. Face à ce miracle que je n’imagine pas durer je décide de me battre au maximum pour avancer le plus possible avant que les conditions ne changent. Chaque mille parcouru maintenant à 6 nds ne sera pas à faire plus tard à 3 nds! Et les écarts vont se creuser, cette bascule donnant lieu à ce que l’on appelle traditionnellement dans le milieu un “passage à niveaux”, les derniers ayant du mal dans ces conditions à rattraper le groupe de tête.

Je ne quitte donc pas la barre et m’applique à rattraper cet éternel Okoumé qui a pris pas mal d’avance. Au réveil de Laurent je lui lance, enjouée “J’ai une suprise pour toi!” Un “Ouais, c’est quoi” plutôt désintéressé me revient. “Regarde, j’ai rattrapé Okoumé!” Et là, contrairement à ce que j’attendais il s’énerve: “Ah non, c’est sans fin cette histoire, ça s’arrêtera jamais!!!”. Il n’a toujours pas assez dormi et ne se sent pas de réattaquer avec la même pression qu’hier… Il retourne se coucher et je tente de puiser dans mes dernières ressources.

Mais trop c’est trop et cette fois c’est moi qui flanche. Je vois apparaître des formes qui n’existent pas. Je cligne des yeux, tente de les ouvrir grands mais rien n’y fait je continue à voir ces formes étranges. J’aimerais bien vous les décrire mais je n’en garde pas de souvenirs précis, juste l’impression de voir beaucoup de choses et de monde là où il n’y a rien nu personne, comme lorsque l’on s’endort. Sauf que d’habitude en clignant des yeux ça disparait alors que là ça revient… Et le summum est atteint lorsque je commence à voir une quantité impressionnante de fanions à la surface de l’eau. En temps normal les petits drapeaux signalent la présence des casiers de pêcheurs. Mais là j’en vois des centaines, à perte de vue. Je me dis immédiatement que c’est impossible, qu’ils sont parfois proches les uns des autres mais sûrement pas comme ça, que je suis en train d’halluciner complètement. Là encore je ferme et rouvre les yeux mais ça continue. C’est certain il faut que je me repose mais pourtant ce n’est pas le moment de lâcher, il faut profiter de ce vent inespéré qui forcit, a priori à cause d’un orage qui se trouve derrière nous. On file à bonne vitesse mais je m’endors à la barre. Grosse embardée du bateau qui part au lof et se couche un peu. Laurent sort précipitamment, signe qu’il est déjà plus réactif et m’interroge. Quand je lui dis que je viens de m’endormir il me regarde avec un drôle d’air mais on décide que je finirai quand même la dernière demi-heure de barre, sa présence m’ayant un peu sortie de ma torpeur. Les fanions des casiers de pêche ont disparu, ça va mieux.

Je lui laisse la barre un peu plus tard, il n’est pas encore au mieux de sa forme mais vu mon état il n’y a pas le choix. Dix minutes plus tard c’est lui qui me réveille pour empanner, encore un cap! Re sommeil et re réveil 10 minutes plus tard c’est la vacation radio. Entre ce que l’on entend et ce que l’on voit on comprend enfin que le bateau que je prenais pour Okoumé n’est pas lui, le vrai Okoumé est loin derrière, notre folle nuit porte ses fruits. Loin derrière il y a d’ailleurs un mur d’eau, l’orage s’abat sur nos poursuivants, nous ne prenons que quelques gouttes.

Encore deux empannages plus tard nous sortons enfin de la baie de Hyères, toujours sous spi à vive allure. Nous alternons les bords, les empannages (calés sur nos voisins qu’on ne connait pas, il semblerait qu’on ait rattrapé une partie du paquet de tête) et les quarts de 30 minutes, histoire de dormir régulièrement l’un et l’autre. On profite du croisement toutes les 30 minutes pour faire les manoeuvres. On passe le Cap Sicié, la baie de Bandol (sans y rentrer, de peur des éventuels dévent) et l’on arrive vers la Ciotat. Et là arrêt complet du véhicule, terminus, tout le monde descend. Ah oui mais non, le terminus pour nous c’est Port-Camargue. Bien, faites comme vous voulez moi je descends: le vent nous plante là, sans préavis. On affale le spi, on remet le génois et on reste au même endroit!

On va se trainer devant la Ciotat pendant plusieurs heures, chacun à notre tour à la barre et dans la banette! La moindre risée sera exploitée mais rien n’y fait, on est scotché. Seule consolation, c’est le même tarif pour tout le monde.

En début d’après-midi nous sommes tous les deux plus reposés, le sens de l’humour et la bonne ambiance reviennent. Cette fois ce sont les militaires qui vont venir tester nos nerfs. Alors que Laurent dort tranquillement un avion de chasse vient faire un énorme virage juste au dessus de nos têtes avant de repartir en rasant les falaises du cap Canaille (entre la Ciotat et Cassis). Il vole vraiment bas et le bruit au moment de son passage à notre vertical n’est pas supportable. Laurent sort, furieux d’être à nouveau interrompu dans sa sieste. C’est peine perdu, il y en aura encore 3 ou 4 autres, cette fois on est prévenu, à chaque passage on se bouche les oreilles. Laurent mime une conversation VHF avec la base aérienne, leur demandant de déverrouiller leurs radars de notre réflecteur. Pour ceux qui suivent l’affaire des réflecteurs (à acheter en plus grande quantité pour être mieux repéré) vous comprendrez notre fou rire. Je finis par aller me coucher et paf encore un, juste pour le plaisir. Laurent est satisfait, il n’y en a pas que pour lui… Tellement pas que 15 min plus tard un sauvage émet sur la VHF une musique pas terrible et à fond, pendant quelques minutes. Cette fois c’est moi qui me relève furieuse contre cette andouille qui a osé interrompre ma sieste.

Pendant ce temps on a avancé un peu et on est en face des Calanques de Marseille. La vue n’est pas terrible, c’est très brumeux. Voilà une petite vidéo pour vous montrer l’ambiance à bord. Vous pourrez constater qu’elle est bonne, contrairement à la vitesse!

Et aussi une petite photo de Laurent à la barre. Non, il n’est pas sur un lac mais bien dans la pétole méditerranéenne…

Laurent dans la pétole

De temps à autre le vent s’établit de l’Ouest et nous parvenons à progresser lentement. Tout nos espoirs d’arriver dans la nuit commencent à s’effondrer. A 19h pour la vacation radio nous sommes seulement à l’entrée de la baie de Marseille, avec 4 milles d’avance sur notre premier poursuivant, Okoumé, lui même disposant de pas mal d’avance sur le paquet qui suit.

Avant la tombée de la nuit nous mangeons un dernier (deux derniers pour Laurent!) Bolino au hachis parmentier en passant devant le phare du Planier (au large de Marseille). La météo annonce un vent variable force 1 à 3 ce qui doit être traduit par “Il n’y a pas de vent débrouillez vous”.

La nuit tombe, il ne fait pas bien chaud. Le vent rentre, nous parvenons enfin à avancer régulièrement et continuons à nous succéder toutes les 30 min à la barre. Tandis que nous approchons du Cap Couronne notre vitesse diminue mais surtout notre cap varie énormément alors que nous allons toujours dans la même direction. Consternation il y a un courant très fort qui nous repousse, comme si on en avait besoin! Demi-tour, on repart vers le large pendant une bonne heure. Puis on revient en faisant des marches d’escaliers: un bord vers le large de 30 min, un bord vers la terre de 30 min. On vire lorsque l’on est tous les deux réveillés. Ca marche plutôt bien si ce n’est que l’angle entre les deux bord est plus proche des 120° que des 95 habituels à cause de ce maudit courant. Comme il n’y a pas eu de vent fort ces derniers temps on suppose que le courant (que je n’avais jamais vu dans ce coin là) vient du Rhône. Peine perdue. Au milieu de la nuit on franchit le Rhône mais ça continue de l’autre côté!

A propos de la nuit déjà bien pénible à cause du fort courant et du vent plutôt léger il faut signaler qu’un espèce de brouillard a tout envahi. Tout est trempé, de l’eau ruisselle de la grand’voile alors qu’il ne pleut pas, l’intérieur du bateau est franchement humide. Et on a l’impression que rien n’arrête ce brouillard, pas même les cirés ni les polaires, comme si on l’avait enfermé avec nous dans les cirés. L’atmosphère est glaciale, toutes les 30 min on est content de se cacher à l’intérieur, même si je me réveille parfois en tremblant de froid. A3h30 du matin je me dis que le soleil va se lever à mon prochain quart ce qui me motive mais d’une part j’avais vu un peu tôt et d’autre part le jour se lève vers 4h30 mais le soleil n’arrive pas, caché par les nuages. On est cette fois au large de la Camargue.

La fin pour demain…

Bonnes nouvelles, ça continue…

Lundi 18 juin 2007

La semaine dernière je vous faisais part de ma joie devant la nouvelle liste d’attente de la Transat qui me montrait inscrite de manière définitive. Cette semaine une nouvelle mouture  a été diffusée et Gaël est désormais en 5ème position sur la liste d’attente. C’est super, ça a bien avancé d’un coup… ça se rapproche!

J’en profite pour vous signaler que le muscat et la tapenade du panier garni que j’avais reçu lors de la remise des prix de la Mini Lions étaient excellents et nous ont permis de fêter dignement toutes ces bonnes nouvelles.

Mini Lions, récit de la course 4

Vendredi 15 juin 2007

Mardi 5 Juin

Le jour se lève sur les montagnes corses enneigées (bien lire enneigées!), noyées dans la brume, c’est très joli mais pas facile à prendre en photo. Et puis on a autre chose à faire car le vent tourne brutalement, il faut affaler le spi rapidement, Laurent commence à exceller dans ce genre de manoeuvres… On est maintenant sous génois mais très rapidement le vent adonne (s’écarte de l’axe de notre bateau) et Okoumé qui n’est pas bien loin derrière nous envoie son gennaker. Ni une ni deux on bondit et on l’envoie aussi. L’écart entre eux et nous se stabilise à quelques longueurs de bateaux. La pression monte, les autres sont suffisamment loins pour le moment (ils sont restés scotchés dans la baie de Calvi sans vent), on commence à faire un essai de vitesse géant avec Okoumé.

Les essais de vitesse sont utilisés à l’entraînement pour affiner les réglages, deux bateaux (ou plus) partent bord à bord et on regarde qui progresse le plus vite, chacun modifie ses réglages pour être au top. Généralement ça dure 10 min ou un quart d’heure. Mais là on est parti sur un bord de 100 milles, tout droit, sous gennaker. En gros on en a pour 24h!!! Okoumé fait tout ce qu’il peut pour nous rattraper et nous évidemment on met toute notre énergie à essayer de le semer. Echec des deux côtés pendant 75 milles (soit environ 150 km), c’est à dire une bonne dizaine d’heures, la distance reste absolument constante à une ou deux longeurs près….

En partant de la Corse nous croisons quelques cargos et ferries, moins proches que la veille. Gaël nous prend en photo, il est 7h30 le matin. En premier plan tout en haut de l’image c’est le bas de son gennaker!

Croisement ferry Félibre          Sous gennaker

Laurent et moi nous nous succédons à la barre, passons notre temps à regarder derrière, à espérer qu’il s’éloigne. Cela donne des dialogues du genre “On l’a repris un peu là non? Tu trouves pas? Si si c’est clair on l’a repris… Mince il est un peu revenu, c’est pas grave on va se reconcentrer et tu vas voir….” Ben non, y’a rien à voir à part son étrave rouge. On n’arrive pas vraiment à distinguer qui barre chez eux, on voit juste la forme du bonhomme de loin. Et puis tout à coup on ne le voit plus car un brouillard incroyable s’est levé. Le métérologue avait annoncé une bonne visibilité, il n’a pas dû sortir de chez lui ce matin là! Un petit crachin breton a pris place, l’ambiance est assez surréaliste quand on pense que l’on est en mer Méditerranée, entre la Corse et le continent et que hier on cramait au soleil…

Laurent file manger à l’intérieur (il est 13h) tandis que je prends ce quart humide. Il photographie tout azimut depuis l’intérieur du bateau, histoire de préserver l’appareil photo. Ci-dessous Okoumé dans le brouillard derrière nous et moi-même, à la barre.

Okoumé, dans le brouillard           Sophie dans le brouillard 2

 

        Sophie dans la brouillard, à la barre           Okoumé dans le brouillard 2    

                          

Tout à coup le brouillard se lève et fait à nouveau place au soleil avec quand même un peu de brume, tandis qu’Okoumé est toujours là. Cette fois Laurent barre et c’est moi qui mitraille! Ci-dessous Okoumé, toujours derrière, Laurent et notre gennaker. Il est 17h, rien n’a changé, le même stress est toujours là…

Okoumé dans la brume          Laurent à la barre

                         Gennaker 1         Gennaker 2

J’en profite même pour faire une petite vidéo où vous pourrez entendre mes commentaires sur la situation.

Et une autre vidéo pour que vous puissiez découvrir l’intérieur du bateau:

 Vers 18h coup de théâtre le vent adonne légèrement (s’écarte encore un peu de nous). Gaël envoie son génois en même temps que son gennaker (ce qui fait qu’il a maintenant trois voiles à poste). Nous essayons de faire de même mais notre génois est trop grand, se plaque contre le gennaker, ça ne marche pas du tout. Gaël se rapproche à grande vitesse c’est la catastrophe. Nous décidons de tenter le tout pour le tout et d’envoyer le spi, en sachant que durant la manoeuvre il va nous passer. Mais on ne peut pas rester là sans rien faire et le regarder nous doubler les bras croisés. Affalage de gennaker, envoi de spi, les manoeuvres sont rapides, on est motivé. Malheureusement ça ne change pas grand’ chose, le vent est trop serré et moins d’une demi-heure plus tard on renverra notre bon vieux gennaker, la mort dans l’âme, derrière Okoumé et ses trois voiles contre lequel on ne peut rien faire. Enfin si, on peut s’accrocher et c’est ce qu’on fait, sans baisser les bras. Au bout d’un moment on est presque soulagé qu’il soit passé, on se dit “Ca y est c’est fait, on n’a plus rien à craindre” et même si la motivation reste la même la tension accumulée depuis le matin retombe un peu.

On croise ensuite un pêcheur (professionnel) qui fonce sur nous et s’approche très près, il a l’air de vouloir nous parler de vive voix. Il me demande si beaucoup de bateaux nous suivent, il a dû comprendre à notre air déterminé et notre gennaker, juste derrière Okoumé, qu’on est en course. A ma réponse, environ 35, il blémit un peu et m’explique que lui et ses collègues ont l’intention d’installer des filets dérivant dans toute la zone. Je transmets, via la VHF, l’info qui sera d’ailleurs relayée dans le blog de la course. En réalité nous sortons de la zone de pêche donc ce sont nos poursuivants qui auront maille (de filet de pêche) à partir avec ces obstacles.  Nous filons vers St Raphaël qui est maintenant à moins de 20 milles. 

Nous suivons Okoumé jusqu’à l’entrée de la baie pendant encore 4 heures et là la traditionnelle pétole nous attend. Gaël se retrouve arrêté, nous devinons qu’il faut sortir le spi ce qui fut fait en un temps record et nous le dépassons dans un remake de l’épisode de Calvi du matin avec le même désespoir d’Erwann, toujours sur le thème “Notre spi est pourri, le sien est génial”. La nuit tombe, et nouveau coup de Trafalgar. J’ai le sentiment que le spi se gonfle à l’envers, nous affalons en catastrophe après avoir renvoyé le génois et immédiatement je dis à Laurent de le renvoyer mais de l’autre côté, le vent a fait un demi-tour (par devant ce qui n’est jamais bon sous spi!). C’est pas à une Annécienne comme moi qu’on va apprendre ce coup là, les rotations de vent inopinés et de grande ampleur ça me connaît. Laurent renvoit immédiatement et dans le noir tout le bazar en un temps record, sans faire de noeud, c’est chouette. On dépose sur place Okoumé empétré dans son gennaker, c’est l’euphorie à bord.

Et là je commence à remarquer quelque chose d’amusant, plus on s’approche du bord plus le vent forcit (comprendre qu’il passe de 0,5nd à 3nd) et refuse, c’est à dire qu’on est au largue, l’allure où l’on avance le plus vite dans la pétole sous spi. On a beau tourner en demi-cercle en suivant la côte, le vent tourne avec nous. Eureka, je ne sais pas comment mais un souvenir du fameux bouquin de météo que je dois lire et dont je vous avais déjà parlé ressurgi. C’est le thermique nocturne qui s’installe, le vent est perpendiculaire à la côte en tout point, dirigé vers le centre de la baie où il n’y a pas de vent du tout. Ce qui signifie qu’on peut faire le tour de la baie sans rien changer aux réglages, avec une bonne vitesse, à condition de rester proche de la côte. Ca tombe bien le Lion de Mer est proche de la côte, on le passe, pas très vite mais on le passe, et devant Okoumé. L’heure est aux plaisanteries sur la VHF (il est 1h du matin!), c’est sympa. Et juste derrière le choix tactique:sSoit sortir de la baie en ligne droite et traverser son centre, soit continuer à suivre le bord. C’est bien sûr la deuxième option que nous prenons pendant que les autres iront s’enterrer au milieu. La nuit est bonne, les écarts se creusent dans le bon sens.

Laurent est épuisé il va dormir, dormir, dormir et encore dormir. Pendant ce temps je me concentre, j’essaie de rassembler ce qui me reste d’énergie et de lucidité pour viser correctement la cardinale de l’entrée de la baie de St Tropez qui signale un haut fond et le Cap Camarat. J’ai perdu les autres dont les lumières sont confondues avec celles de la terre. On assistera d’ailleurs à une grande panne de courant sur un bon quart de la baie de St Raphaël, c’est amusant, d’un coup les milliers de lampadaires et autres lumières s’éteignent.

Je réveille de temps à autre Laurent, d’une humeur franchement maussade et impossible à sortir du lit. Mais il faut bien empanner de temps à autres pour éviter le cap et la cardinale! Il est vraiment crevé et ça donne lieu à de spectaculaires sorties: “C’est bon j’en ai marre de manoeuvrer, moi je suis pas N°1, N°2, je fais tout sur ce bateau!!!” (N°1 c’est celui qui s’occupe du spi, N°2 des drisses, sur un gros bateaux où chacun des 8 ou 10 équipiers a un rôle bien précis. Ici on est deux donc forcément on doit occuper chacun plus d’un poste!). Autre réplique culte “Je sais pas où on est de toute façon” alors que le phare du Cap Camarat lui flash dans les yeux à moins d’un mille, droit devant. Avec un non moins génialissime “Je te dis qu’il n’y a pas de caillou” alors que je viens de lui rappeler qu’à l’aller il y avait un gros rocher, non éclairé, et qu’il serait bon de l’éviter au retour. Face à tout ça je préfère le renvoyer au fond de sa banette, à la barre il ferait n’importe quoi. Et il est inutile de commencer à discuter ou argumenter, quand le cerveau ne répond plus, il ne répond plus, c’est comme ça l’épuisement.

Du coup je barre non stop de 22h jusqu’à 7h du matin où je suis morte… 

La suite pour plus tard!

Mini Lions, récit de la course 3

Jeudi 14 juin 2007

Lundi 4 Juin

A la sortie de la baie de St Raphaël nous prenons la direction Est Sud Est (100°) de Calvi. Petite discussion avec Gaël sur un canal secret de la VHF, leur moral est au beau fixe, le nôtre le sera dès qu’on les aura repassés! Le vent est annoncé de l’Est, l’idée est donc de se placer légèrement sur la gauche du parcours pour attraper le vent en premier. Mais en fait on ne va pas forcément vraiment choisir où l’on va. Le vent tourne et vient maintenant de là où l’on veut aller. On est avec le groupe de 3 ou 4 bateaux qui a passé le Lion de Mer en même temps que nous. Il faut tirer des bords, on privilégie donc le côté gauche. Mais très rapidement il n’y a plus de bords du tout, juste du sur place car le vent a disparu.

Là encore on alterne barre et sommeil, au moins le temps passe plus vite et on se repose. Le jour s’est levé assez vite, la nuit ayant été consacrée au passage du Lion de Mer. Il faut donc se reposer la journée sinon on va vite être crevé. Le vent revient un peu, on recommence à réussir à viser Calvi et on a même un peu de marge du coup on sort le gennaker. C’est une voile immense, qui se fixe sur le bout dehors, mais qui a quasiement la même matière que le génois, c’est à dire un tissu assez lourd et pas très facile à plier. Comme je n’ai pas d’enrouleur une fois que la bête est dépliée c’est tout une aventure pour la ranger. Dans le prochain post je mettrai une vidéo du gennaker.

Encore un peu plus tard le vent tourne encore à notre avantage et cette fois on peut sortir le spi. Les autres (que l’on ne voit plus vraiment) font de même et sur l’horizon apparaissent un peu partout des petits points colorés. Et là c’est le grand jeu, à l’aide de la paire de jumelle, du “Devines qui c’est?”. On essaie de se remémorer les spis vus la veille, les couleurs et les logos de nos principaux concurrents. Mais sur l’horizon point de Okoumé, on se demande un peu où il est passé. Nous sommes à proximité d’un bateau Suisse et d’un autre mais je ne me souviens plus qui!! Laurent saura peut-être…

On attaque notre second repas du midi qui sera au niveau de celui de la veille. Une salade en boîte absolument pas comestible, je me demande encore comment elle a pu avoir l’autorisation de la mise sur le marché. En gros ce sont des pâtes qui nagent dans de l’huile de vidange. Infect. J’en mangerai une moitié et les poissons l’autre moitié. Je soupçonne même Laurent de tricher dans le tirage au sort des salades vu que ça en fait deux non comestibles pour moi et zéro pour lui!! (Je plaisante bien sûr). Le reste du menu sera lisible sur mon T-Shirt parce que ça n’est pas si évident d’égouter les pâtes de l’huile, manger une pêche ou une tomate tout en barrant, le tout sans assiette et sur un support qui bouge!!

S’ensuit une pétole monstrueuse qui a usé les nerfs de pas mal de gens. Ambiance soleil de plomb, bob (parce que la casquette ne protège pas le cou et le visage en même temps), crème solaire indice 40, T-shirt à manches longues et pantalon léger, je ne veux absolument pas cramer. A la VHF certains commencent à interroger les autres sur leur vent, leurs voiles etc… Pour nous c’est réglé la grand’voile reste là parce qu’elle ne gène pas mais les voiles d’avant sont affalées. Inutile d’aller coincer le spi dans l’étai ou d’inventer d’autres bétises pour rester sur place.

Face à une telle activité je décide avec lâcheté de dormir pendant des heures pendant que Laurent va déployer des trésors de patience pour nous faire progresser de deux ou trois milles en quelques heures. Ca a l’air ridicule comme ça mais c’est extrêmement important et pénible. En effet si la pétole doit durer longtemps et que les autres ne font rien (cas d’un bon nombre de bateau) prendre 3 milles d’avance toutes les deux ou trois heures ce n’est pas négligeable. Par contre au niveau concentration ça demande des efforts. Toutes les 30 min je me lève quand même vérifier que Laurent n’est pas desséché ou endormi mais à chaque fois il m’assure que tout va bien, qu’il n’a pas sommeil et que je peux continuer à dormir. Donc j’en profite, au moins l’un de nous deux sera en forme cette nuit, c’est l’essentiel.

L’après-midi passe puis le vent revient progressivement pour finir par s’établir vers le Sud Ouest. On renvoie le spi et c’est reparti, cap sur Calvi. Je reprends la barre (ben oui, des fois je fais quelque chose quand même!!) et entreprends de laisser sur place le bateau derrière nous qui peu à peu devient tout petit sur l’horizon. Evidemment ça l’énerve et il nous appelle sur VHF pour savoir quels sont nos réglages de spi. Je lui réponds que nos réglages sont normaux mais que le spi a été fait avec amour donc il n’y peut rien. Cette phrase fera le tour de la flotte et sera encore redite lors de la remise des prix. Le pire dans tout ça (pour eux) c’est que pendant qu’on s’éloigne je suis encore en train de manger en barrant et de décorer mon pantalon, pâtes carbonara cette fois. A la soirée de retour à terre Brice (skipper de Bahia, le bateau derrière nous) viendra encore me reparler de ce spi et me lance déjà un défi pour l’an prochain quand il aura lui-même un nouveau spi!

Les milles finissent enfin par défiler, on avance bien. Le vent devient trop serré (il tourne vers le Sud Est), on affale le spi et on remet le gennaker, manoeuvre que Laurent connaîtra par coeur d’ici la fin de la course. Puis encore un peu plus tard même constat le vent refuse (se rapproche de l’axe du bateau) et on finit sous gennaker.

Devant on voit un phare qui éclaire bien, c’est l’entrée de la baie de Calvi puis plus tard on voit la citadelle. Derrière nous un orage énorme éclate. On ne voit que les éclairs, on n’entend rien mais c’est impressionnant. On espère ne pas en rencontrer un comme ça. On croise aussi 4 ou 5 bateaux, les premiers qui ont déjà tourné la bouée de Calvi et qui repartent vers St Raphaël!! Et au chapitre des rencontres il faut que je vous parle des deux ferries qui nous ont frolé les moustaches (enfin surtout la moustache de Laurent!). Le premier je l’ai vu arriver et il passait devant donc j’étais prête à tourner brutalement au cas où on allait trop vite. Il est passé juste devant notre étrave et de nuit ce mur sombre orné de lumières au sommet est impressionnant. Le second est passé 15 min plus tard à peine mais cette fois juste derrière. Et ça c’est drôlement inquiétant parce qu’à un moment donné on voit et son feu rouge et son feu vert, ce qui signifie qu’il est pile en face de nous. Sachant que je ne peux pas accélerer (je suis déjà à fond!), pas faire demi tour sinon ça va être pareil, pas partir à gauche ni à doite sinon je reste juste sur son chemin il ne reste plus qu’à serrer les fesses… ce qui fut fait! Et ça passe, ouf!

Nous voilà donc maintenant tout proche Laurent trouve qu’on s’approche beaucoup du cap. Moi j’ai un peu peur du dévent que ce dernier va engendrer. Nous nous retrouvons avec une dizaine de bateau, dans le noir (il est 3h du matin), on voit juste les feux de mât. Je surveille les bateaux à notre gauche, c’est à dire sous notre vent (on reçoit le vent avant eux) et plus éloignés que nous de la citadelle. Ils sont légèrement en avance sur nous. Tant qu’ils avancent c’est qu’ils ont du vent. La zone sans vent est donc quelque part entre eux et le cap. L’idée c’est la longer en la laissant à droite, en restant dans la dernière risée. J’opte donc pour raser le cap (ce qui est la route directe) et au moindre trou de vent s’en écarter (avant d’être planté dedans). Ca marche à merveille. On rase le cap puis la citadelle. J’ai jeté un coup d’oeil à la carte, normalement il y a du fond jusqu’au bord. On est à moins de 5m de la falaise, je prie pour que les maçons qui ont construit la citadelle n’aient pas laissé tomber un parping sinon c’est sur il va être pour nous! Laurent blémit s’inquiète puis finalement lâche un fatidique “Et puis après tout c’est ton bateau” qui résume assez bien la situation. On rase dans la foulée la digue du port sur laquelle est placée le comité de course qui nous indique qu’on peut virer pour passer la bouée.

On finit dans un vent très très léger par passer cette bouée (non éclairée) juste derrière… Okoumé!!! Le revoilà celui-là. 24h qu’on ne l’avait pas vu et il ressurgit pile devant notre nez. La sortie de la baie se fait tout doucement sous spi et Gaël ayant un vieux spi (ça c’est son excuse) et un noeud dedans (nous on l’a bien vu le noeud!!) nous le dépassons tranquillement tandis que nous entendons son équipier enrager sur le thème “Pourquoi tu lui a offert un spi alors que le notre est pourri!!”

La situation est extrêmement positive, mis à part les 6 bateaux (protos) qui ont 12h d’avance sur nous, nous sommes premier à la sortie de la baie de Calvi. La seule ombre au tableau c’est qu’on ne peut maintenant que régresser vue notre position et la meute d’une quinzaine de bateau qui nous colle aux fesses, sans compter Okoumé qu’on a dû bien énerver et qui va tenter de se venger.

Il n’y a pas de photos car nous n’en avons pas prises durant cette journée mais rassurez vous demain il y en aura, il y aura même un film…

Mini Lions, récit de la course 2

Mercredi 13 juin 2007

Samedi 2 Juin, le soir 

La nuit tombe, nous sommes au près. Laurent n’est pas très bien, le mal de mer cumulé à la fatigue fait son effet. Le vent remonte rapidement et l’on doit prendre un ris. Comme il fait nuit je m’y colle, tout se passe bien. Ensuite je file préparer un Bolino (hachi-parmentier, le seul comestible) pour Laurent qui trouve même ça bon. Puis on alternera les quarts d’une heure ou deux jusque dans la pétole (absence de vent), la première d’une longue série. Evidemment on renvoie le ris. Je n’ai pas de souvenirs bien précis de cette nuit où j’étais particulièrement fatiguée et pas très clairvoyante. En tout cas le phare du Planier (au large de Marseille) nous a bien guidé puisqu’il était pile sur notre chemin et qu’il éclaire bien loin. Ca aide d’avoir un repère dans la nuit.

Au petit matin je suis inquiète de notre position n’ayant pas eu l’impression d’être vraiment brillante. Laurent au contraire, remis du mal de mer et de l’angoisse des premiers bords en mini, est confiant. Verdict à 7h lors de la première vacation radio. La vacation radio est un rituel qui a lieu tous les jours, deux fois par jour, à 7h et 17h. Les bateaux accompagnateurs qui suivent la course appellent par VHF les minis, un par un, dans l’ordre des numéros et posent systématiquement les deux mêmes questions: “Quelle est votre position? Tout va bien à bord?”. Ces vacations sont d’abord faites dans un soucis de sécurité, il s’agit de pouvoir localiser tous les bateaux de la course. Le deuxième avantage c’est que chacun sait où se trouvent les autres concurrents.

A la première vacation nous apprenons donc que les premiers protos sont vraiment loins (plus de 20 milles devant nous) ce qui était prévisible, que nos concurrents habituels comme Okoumé ne sont pas bien loins et qu’un bon paquet de bateaux se trouve derrière nous. Bonnes nouvelles donc…. On enchaîne avec le petit déjeuner tandis que le vent revient de l’Ouest.

On envoie donc le spi, toujours le même, bleu électrique ce qui permet à tout le monde de nous localiser. Ben oui il se voit de loin ce spi, surtout quand il est devant une bonne partie de la flotte qui s’en sert comme repère. Et c’est le seul qui soit de cette couleur là. Envoyer le spi revient donc à dire “je suis là” et sortir de l’anonymat habituel du bateau blanc avec des voiles blanches pas particulièrement repérable au loin.

Durant toute la journée nous tirons des bords car le vent vient pile de l’arrière et avec nos spis asymétriques il est impossible de naviguer dans l’axe du vent. Tout le dilemne c’est de choisir entre une route plus proche du vent où le bateau avance plus vite et une route plus directe vers l’axe du vent mais plus lente. En résumé quel est le meilleur compromis entre la vitesse et la distance parcourue? Chacun fait ses essais et nous nous en sortons bien en maintenant les écarts avec les concurrents derrière nous sans perdre sur ceux devant.

Le paysage défile, les Calanques, la Ciotat (où je travaille), Bandol, le Cap Sicié, Toulon et nous évitons soigneusement d’aller nous fourrer dans une de ces baies mal ventées. A notre droite un porte-hélicoptère fait des manoeuvres avec deux hélicoptères et tandis que nous regardons nos impôts partir en gasoil la presqu’île d’Hyères se fait de plus en plus proche. Il est temps de préparer le passage entre Porquerolles et la presqu’île, il s’agit de bien viser pour ne pas faire du chemin en trop.

Puisque tous les bateaux convergent vers cette passe nous commençons à nous rapprocher de nos concurrents. Et revoilà Castelpesca, le proto qui nous avait embêtés lors du parcours en baie. Nous arrivons tribord (le vent vient de notre droite), lui babord (vent venant de sa gauche), nous sommes donc prioritaires. Encore énervée par le coup d’hier je ne suis pas particulièrement aimable et le force à manoeuvrer. Mais finalement nous ferons la paix en entrant dans la baie de Hyères, chacun prenant en photo l’autre bateau. A la soirée à l’arrivée nous avons beaucoup discuté et en fait on s’entend bien! Il doit me faire parvenir les photos d’ici deux semaines, je les mettrai en ligne à ce moment là. En attendant je vous laisse admirer ”l’ennemi” devenu ami et moi à la barre avec Porquerolles en fond. Non Laurent ne fait pas rien à bord, il ne passe pas son temps derrière l’appareil photo!! Il a barré la moitié de la journée, comme moi, pendant que je roupillais tranquillement. Vous le verrez en photo dans la suite.

Castelpesca 1         Sophie à la barre        Castelpesca 2

Nous avons continué comme ça en traversant toute la baie de Hyères, repas avec soleil rasant sur les îles. Inauguration des nouvelles casseroles offertes par le Père Noël qui s’adaptent pile poil au réchaud. Baptème immédiat, raviolis cramés collés au fond! Laurent réussira à “ravoir” la casserole au prix de quelques efforts…

Pendanr ce temps ça avance, nous arrivons au Cap Camarat (juste avant St Tropez) une grosse journée à peine après le départ. Et là consternation, plus de vent, mais alors plus rien du tout. La baie est lisse comme un miroir, les premiers annoncent à la VHF qu’ils mettent des heures à tourner le rocher dit du Lion de Mer juste devant St Raphaël. Il reste 10 milles, on vient d’en parcourir 140 mais là c’est l’impasse.

Tout le monde tente de faire le tour, nous nous accrochons à notre dernière risée en bordure de pétole mais le constat est vite fait: à un moment ou à un autre il va bien falloir y entrer dans cette baie. Si déjà il n’y a pas de vent autant ne pas ralonger trop le trajet, on choisit le bon angle pour avoir une vitesse maximale (au moins 1,5nd!!) et on se lance. Les autres font de même, la tension monte, plus personne n’ose bouger de peur d’arrêter le bateau qui file sur son inertie plus qu’autre chose. Et puis tout à coup, surprise, le vent arrive dans l’autre sens, on affale tout et c’est reparti au près, d’abord pile sur l’objectif puis peu à peu le vent vient carrément du Lion de Mer et il faut tirer des bords. La nuit est tombée et on ne voit plus grand’chose. Les feux des bateaux sont noyés dans l’éclairage de la côte. En réalité le vent est assez différent selon l’endroit où l’on se trouve et on se fait passer sans s’en rendre compte par Okoumé ce qui a le don de nous énerver.

Enfin l’essentiel c’est qu’on vient de passer la première marque de parcours, plutôt bien placés, reste plus qu’à rattraper cet effronté d’Okoumé qui ose nous griller le politesse sur la ligne alors qu’il nous suit depuis 150 milles!

Cap sur Calvi.