Aux chapitres des derniers préparatifs avant de partir pour La Rochelle (demain soir!) il restait encore, outre les deux dernières journées de boulot, le rangement et nettoyage complet de l’appartement, le passage de dernière minute chez le dentiste, la dépose de la voiture chez un collègue et des plantes chez le voisin etc etc(…), il restait donc le problème crucial de la musique.
En effet je serai seule à bord avec a priori personne à qui parler pendant longtemps puisque nos VHF (radio maritime) n’émettent pas très loin, que tous les téléphones (satellites ou portables) sont interdits à bord de même que les ordinateurs et qu’il y a peu de radios, même en longues ondes, que l’on parvient réellement à capter. Du coup la musique prend une grande importance.
Le premier point était de trouver le moyen de l’écouter facilement en mer. Après m’être enfin penchée sur la question, au bout d’un an alors que je pensais la situation financièrement désespérée, j’ai découvert que j’avais déjà en main tous les éléments nécessaires!! J’aurai pu réfléchir un peu plus tôt mais bon, mieux vaut tard que jamais! J’ai à bord une enceinte sur laquelle est branchée la VHF. Cette enceinte est étanche et placée à l’extérieur, c’est à dire là où je suis tout le temps sauf quand je dors. Et en fait elle se débranche très facilement de la VHF (qui ne servira de toute façon pas puisque je serai trop loin des autres bateaux pour les capter) pour se rebrancher aussi facilement (avec un jack audio de 3,5mm, honte à moi d’avoir mis un an pour m’en apercevoir!) dans n’importe quel baladeur, en l’occurence mon ipod. Bien qu’il soit à l’intérieur j’ai acheté hier une housse pour le protéger un peu, il va devenir mon plus fidèle ami, avec le pilote automatique, pendant cette traversée.
Il ne restait donc plus qu’à remplir l’Ipod de chansons. J’ai sorti tous mes CD, les mp3 des amis et j’ai fait mon choix. Et comme je ne suis pas une pro du fonctionnement de Itunes, le logiciel qui va avec l’Ipod, j’ai mis longtemps pour faire très compliqué là où c’était tout simple, tiens donc! Après trois soirées passées sur le thème je sais donc me servir de mon Ipod (pas mal après deux ans!) et surtout je suis équipée en musique pour la Transat.
Toutefois il reste encore de la place pour quelques morceaux. Donc si vous avez un morceau préféré que vous voulez partager vous pouvez me laisser un message…
Nous avons déjà beaucoup parlé de ber lors du transport de Félibre vers l’Atlantique. Le ber est donc le support, généralement métallique, sur lequel on pose le bateau lorsqu’il est à terre. Il est indispensable d’en emmener un au Brésil. En effet la Transat étant un aller simple il s’agit de rapatrier ensuite le bonhomme (en avion) et le bateau, en cargo. Et pour mettre les bateaux dans le cargo il faut pouvoir les poser, en l’occurence sur leurs bers. Ce qui suppose donc déjà d’en avoir un, ensuite qu’il se trouve à Salvador de Bahia.
Moi je n’en ai pas. Généralement les bers s’achètent en même temps que les bateaux sauf que moi j’ai acheté le bateau avec une remorque, moins facile à transporter au Brésil!! Du coup j’avais le choix entre en acheter un neuf (donc cher et inutile à part pour le retour en cargo) ou en emprunter un. JC, à qui j’ai prêté ma remorque l’hiver dernier afin qu’il emmène chez lui à Lyon son bateau pour le bichonner, a la gentillesse de me prêter le sien. Sauf que son bateau et le mien n’ont pas vraiment la même coque, la sienne est en forme, c’est à dire ronde tandis que la mienne est à bouchain, ce qui signifie constitué de panneaux plats.
Afin d’adapter le ber à la forme du bateau on pose en haut du ber des conformateurs qui sont des supports fait spécialement pour un modèle de voilier. Le plus simple est de les faire en bois, plus facile à travailler que le métal. Mais il faut éviter l’option bricolage de dernière minute car l’ensemble doit pouvoir supporter le poids du bateau au risque de le retrouver écroulé au fond du cargo.
Philippe, charpentier à la ville, skipper de Cepat à la mer, est venu dimanche dernier tout exprès pour me fabriquer ces fameux conformateurs. Inutile de préciser que sans lui je n’aurais pas été bien loin dans la fabrication! Il a été impressionnant de précision et de rapidité, le tout sous un soleil de plomb. Merci beaucoup.
Sur la photo centrale ci-dessus vous pouvez voir un des deux conformateurs fixé au panneau arrière du ber (couché pour le moment mais qui sera vertical après).
Afin d’envoyer les bers au Brésil en prenant le moins de place possible (le prix est proportionnel au volume) il faut que le ber soit démontable. Ce qui permet aussi de le transporter plus facilement, en l’occurence avec ma remorque qui emmènera vendredi soir Okoumé à la Rochelle! Puis après on le chargera dans un conteneur en partance pour Salvador de Bahia.
Pour ceux qui s’étonneraient car à Soubise j’avais un ber il s’agissait en fait du ber de Gaël qu’il m’avait prêté tant qu’il n’en avait pas besoin. Mais là il en fallait deux puisque nos bateaux vont rentrer ensemble.
Les lyophilisés sont des plats dont on a retiré l’eau avant de les mettre en sachet sous forme de poudre. Pour les manger il suffit donc d’ajouter de l’eau bouillante, de bien mélanger et le tour est joué. Mais le goût n’est pas toujours excellent. Cependant le gros avantage de ces repas c’est qu’ils ne prennent pas beaucoup de place contrairement aux boîtes de conserve et qu’ils sont simples à préparer. Jusqu’à présent j’avais réussi à éviter d’en manger car je ne partais pas trop longtemps, ce qui permettait d’emmener du frais, et j’avais de la place. Je précise bien pour les non-ministes que nous n’avons pas de frigo à bord.
Mais là dans le tout petit volume intérieur il faut déjà embarquer environ 130l d’eau douce, plus les habits et les voiles, il ne reste plus tellement de place pour la grande gastronomie, il va donc falloir y passer. J’essaierai quand même de manger autre chose tous les midis, il parait que les tomates cerises tiennent le coup assez longtemps, le pain aussi, ce qui permet de faire des tartines de paté par exemple, accompagnées de “frais”. Et le soir ce sera soupe chinoise, imbattable au niveau prix (du style 10€ les 20!) ou lyophilisé, vivement les bons restaurants brésiliens… Bien sûr il y aura quelques traditionnelles boîtes de conserve pour varier un peu et peut-être même quelques horribles salades en boîte avec du thon!
Revenons donc un peu sur ces lyophilisés qu’on ne trouve que dans des magasins spécialisés. Tout d’abord un grand merci à Laurent (mon équipier lors de la Mini Lions) qui a testé pour moi l’ensemble des lyophilisés disponibles au Vieux Campeur. Il ressort de cette étude que les pâtes sont généralement bonnes, le riz plutôt infecte et la purée délicate à mélanger.
Ce week-end j’ai également eu l’occasion de discuter avec Philippe, skipper du Tip Top Cépat qui rentre tout juste de 3 semaines de course en double. Lui a testé une autre marque, Travellunch. Et il arrive à peu près au même constat. Seule différence les rations de cette marque sont énormes et ils leur arrivaient de manger à deux un seul sachet. Sachant que moi je ne mange déjà pas beaucoup je peux m’attendre à faire trois repas avec un sachet! D’où l’idée de préparer le lyophilisé dans une casserole ou un thermos, pour pouvoir d’une part en garder pour plus tard, d’autre part mieux mélanger la poudre de la purée. C’est technique tout ça! A noter également qu’il existe des desserts et des petits déjeuners lyophilisés, on n’arrête pas le progrès.
Comme leur course s’est faite à grande vitesse dans des conditions franchement difficiles ils n’ont pas eu tellement le temps de manger ce qui fait qu’à eux deux, Philippe et JC (lui aussi coureur des 3 continents) avaient de quoi nous nourrir Gaël et moi pour toute une Transat! On leur a donc racheté immédiatement leur stock et le problème est réglé. Voilà une bonne chose de faite.
Hier matin opération vaccination. En effet bien que ce ne soit pas obligatoire la vaccination contre la fièvre jaune est recommandée pour le Brésil. Après une étude rapide la maladie est mortelle (et vite en plus) et le vaccin dure 10 ans donc c’est sans hésitation que j’ai pris la direction du centre de vaccinations internationales le plus proche. Et une fois que j’y étais j’ai eu droit au vaccin contre l’hépatite A en bonus. Me voilà prête à accoster au Brésil, il ne reste plus qu’à traverser! Et, fait presque surprenant vue mon étonnante capacité à l’allergie généralisée, pour le moment tout va bien. Bon j’ai quand même réussi à attraper en rentrant de week-end une bonne crève, voire une sinusite grâce à la climatisation légendaire de la SNCF placée en moyenne à 10 cm sous mon nez mais je tiens bon, ils ne m’auront pas comme ça.
De toute façon je rentre tout juste de mon stage en altitude de … 3 jours! En fait c’était plutôt un week-end en famille à Vars. C’est sûr que c’est un peu court pour les globules rouges mais en tout cas ça m’a permis de voir mes parents et de me changer un peu les idées. J’en ai profité pour faire le plein d’arbres et de vert avant le bleu de l’eau et du ciel. J’ai fait aussi un peu d’escalade et j’en ai profité pour tester le matériel pour monter en tête de mât. Jusqu’à présent j’avais négligé le problème estimant qu’à terre il y a toujours quelqu’un pour me donner un coup de main et que sur une course de 2 jours comme la Mini Solo il n’y a pas urgence à se précipiter en tête de mât sur l’eau, le port le plus proche n’étant pas loin! Mais là plus question de faire l’impasse sur ce sujet, imaginons qu’une drisse casse ou que le pilote (pas moi quand même!) fasse un cocotier terrible il va falloir monter. Et hier soir j’ai finalisé les essais sur une corde accrochée à un balcon. Verdict: il suffit d’un baudrier, d’un grigri avec un mousqueton à vis, d’une poignée Jumar et d’une sangle à la bonne longueur, équipement que tout grimpeur possède. Voilà une bonne chose de réglée.
Autre chose de faite la pharmacie du bord. Grâce à Papa la voilà quasi complète. Un contenu minimum est imposé par la classe Mini et ils ne plaisantent pas. Me voilà armée entre autres d’une agrafeuse (sans mode d’emploi!). A voir l’engin j’envisage de réparer mon bateau ou mes voiles avec plutôt que moi mais bon… Bilan: éviter de se blesser. En effet comme les virus ne savent pas nager ni naviguer ils ne circulent pas sur les océans donc à moins de les embarquer au départ je ne devrais pas être malade. Bon bien sur je peux essayer de moisir dans mes bottes mais je vais quand même tenter d’éviter!
Côté préparatif j’en suis aux repas. Si vous avez des suggestions je suis preneuse sachant que je dispose à bord d’un réchaud, d’une bouilloire et d’une petite casserole mais pas de frigo. Pour le moment j’ai des soupes chinoises, des conserves, des soupes et je vais bientôt commander des lyophilisés. Je remercie au passage mes grands parents qui m’ont fait parvenir des fruits secs du jardin et il est déjà difficile de résister…
Réveil le vendredi matin à 7h30. Si on s’en tient à ce qui est prévu c’est grutage vers 8h, puis train à 11h45 à Rochefort. Je dois dire que j’étais assez convaincue que ça n’allait pas marcher, qu’un nouveau truc allait me coincer là un peu plus.
Je vais voir jusqu’au bout du ponton où le responsable du grutage est en grande conversation avec un voilier stationné en plein milieu de la cale. Je me dis que c’est foutu, que la cale est prise et qu’il va falloir retarder le grutage mais non il m’informe qu’il va venir me chercher. Bien contente j’essaie de ne pas me poser trop de questions et largue les amarres. Le zodiac ne prend pas la direction de la cale, je m’interroge quand tout à coup je vois une autre cale, de l’autre coté de la passerelle. Je pose la question et il me répond “Celle là est plus merdique que l’autre donc d’habitude on prend l’autre” (sic!). Vu le résultat sur la cale précédente on pourrait s’inquiéter mais non, j’ai déjà l’impression d’avoir ruiné mon bateau donc je ne m’inquiète plus, comme si j’étais détachée de tout ça, prête à tout encaisser.
La remorque est prête, dans l’eau. Comme l’avant-veille on ne la voit pas et il faut viser juste pour rentrer dedans. On galère un peu mais je trouve la bonne solution qui consiste à demander à quelqu’un de tenir le bateau parallèle au ponton depuis le ponton justement à l’aide de grands bouts (cordes). Et Laurent (du catamaran) a la gentillesse de m’aider. Finalement Félibre est en place et le moment fatatidique du remorquage commence mais cette fois il semble que Félibre se pose bien sur la remorque.
Je suis à bord et ne vois pas dessous. Je demande à tout le monde de me dire dans quel état est la quille et les premières réponses qui me parviennent sont plutôt positives, les gens ne voient pas de fissure. Arrivé en haut de la cale le tracteur s’immobilise et je peux enfin descendre et examiner les dégats. Je regarde en priorité le joint entre le voile de quille et la coque, il n’y a rien. Je regarde ensuite le joint entre le voile de quille et le bulbe, toujours rien. Le sourire revient peu à peu. Vu de dessus et de devant le bulbe n’a rien, déjà on a évité l’option chou-fleur. Par contre je glisse ma main dessous à travers la couche de vase et là je constate qu’il y a deux gros sillons. Le propriétaire de la nouvelle remorque me jette un “Ca! Ce sont les défauts du moule…” Je le regarde consternée, comme s’il venait d’une autre planète puis finis par lui expliquer que ce bulbe je l’ai poncé à la main puis peint donc je connais le moindre de ses défauts. Je pense à Jean-Pierre Magnan, architecte et constructeur du bateau, si consciencieux, comme s’il pouvait ne serait-ce que penser monter un bulbe avec un tel défaut!!
Je suis vraiment soulagée, la structure n’a rien, il s’agit juste de reprendre le profil avec de l’enduit epoxy. La pression retombe peu à peu, j’ai l’impression de devenir toute légère et je retrouve l’usage de la parole. Je note également qu’autour de moi les gens, notamment du port à sec, sont soulagés car ils étaient quand même bien ennuyés pour moi. Je dois dire que bien qu’ils ne cernent pas tous les enjeux ni le sens et l’importance de chaque problème dans la mesure où ils ne sont pas franchement familiers des bateaux à voile, encore moins de ceux de course, ils sont toutefois très sympas et essayaient de faire de leur mieux.
Niveau dégât il y a aussi un gros coup sur le bord d’attaque du voile de quille, sans doute lié à l’arrivée en aveugle dans la remorque. Là par contre il faudra faire de la strat car le voile de quille n’est pas en plomb comme la quille mais en acier, donc il rouille. Je note enfin un certain nombre de rayures verticales faites comme je l’imaginais par des cailloux se trouvant dans la vase, y compris sur le bas des safrans! Eh oui, la vase est montée jusqu’au bas des safrans et au tiers du voile de quille comme on peut le voir à la couleur sur une des images suivantes.
Le tracteur se remet en route pour amener Félibre au bout du parking où se trouve son ber. J’en profite pour faire un petit film.
Une fois près du ber il faut encore transférer Félibre ce qui devait se faire avec un genre de gros transpalette. J’avoue que l’idée ne me réjouissait guère, plus il y a de changements de supports plus il y a de chances d’abîmer le bateau mais surtout de le laisser tomber. Le résumé de tout ça pour moi c’est “le bateau est bien dans l’eau, c’est tout”. Mais finalement ça s’arrange vraiment bien. La remorque est assez large pour passer par dessus le ber avec le bateau à condition de démonter l’avant (du ber, pas du bateau!!). Nous démontons donc encore une fois cette partie (on avait déjà eu le même soucis à Port Bourgenay) et voilà Félibre presque posé. Il n’y a plus qu’à remettre l’avant et le tour est joué.
Il ne reste qu’à passer un coup de jet d’eau pour enlever la vase, bien incrustée dans le voile de quille. J’essaie de bien nettoyer histoire que la peinture orange reste un peu fluo. Une heure plus tard j’ai la visite de Philippe Tournier, futur réparateur de Félibre. Lui aussi est assez confiant. Son seul soucis est de réussir à lever suffisamment le bateau pour pouvoir travailler dessous car une fois sur le ber la quille n’est qu’à une petite dizaine de contimètres du sol. Mais il pense avoir la remorque qu’il faut. Je lui laisse la fin du pot de peinture fluo dont il va avoir besoin pour repeindre le bulbe après le passage de l’enduit.
Une fois le nettoyage terminé il est 11h, l’heure de se diriger vers la gare de Rochefort. Le responsable du port à sec à la gentillesse de m’y amener. Le premier contrôleur n’est pas franchement content de mon entrée dans le wagon avec ma grand’voile (à peu près 4m de long, une quinzaine de kilos avec le génois roulé à l’intérieur) qui voyagera finalement dans le compartiment postal jusqu’à Bordeaux où le changement est épique. A 18h30 j’atteins enfin Montpellier, pas fachée de pouvoir enfin passer un we tranquille, à dormir et me remettre de mes émotions…
Depuis j’ai eu l’autre Philippe, le propriétaire de Gifi avec lequel il a couru la dernière Route du Rhum (et courra peut-être la Jacques Vabre en Novembre prochain) qui m’avait conseillé via Isabelle de venir à Soubise. Il m’aidera à sortir de la Charente le 1er Septembre. Il aura pour ça un bateau à moteur donc la sortie devrait être plus calme que l’entrée… Il sera là aussi pour le grutage. Et il s’occupe de suivre l’avancée des travaux. Me voilà soulagée, Félibre est entre de bonnes mains. Un gros merci aux Philippes bienveillants.
La suite des aventures de Félibre est donc pour le 1er Septembre, date de la remise à l’eau et du convoyage pour la Rochelle en vue des contrôles de sécurité de la Transat. D’ici là il me reste encore quelques préparatifs dont je ne manquerai pas de vous parler et un petit mois de boulot, eh oui il reste encore le cargo à payer!
Voilà quelques unes des nombreuses vidéos et photos que j’ai prises, pensant à chaque fois avoir atteint la marée la plus basse ou la plus haute!
La Charente… pas bien large… avec des virages, à marée haute. Les photos sont prises depuis mon bateau amarré au ponton sur une des berges.
Les cabanes de pêcheur (Cabrel n’est pas loin!) sur la Charente à marée haute… puis basse, sacré marnage. Il n’y a qu’au soleil couchant (photo du milieu) que l’eau paraît un peu moins marron.
Un bateau amarré de l’autre côté du ponton, église du village en arrière plan sur la seconde image
Vues de la cale de mise à l’eau avec le restaurant juste à côté.
Et pour finir quelques films pour bien voir le paysage à marée haute et marée basse et le courant.
Marée basse à Soubise, vers 15h, regardez bien la hauteur de la vase sur le poteau qui tient le ponton…
Marée haute à Soubise au coucher du soleil, à l’étale avec le même poteau… Il n’y a presque plus de courant, c’est la renverse. A la fin on voit le catamaran à bord duquel j’ai passé un agréable moment en compagnie de Valérie et Laurent.
Le courant à marée montante
La vue à marée montante, avec également le linge qui sèche à bord de Félibre en mode croisière forcée.
Il est environ 20h30 quand les gens du port s’en vont. Entre-temps un catamaran de croisière est venu s’amarrer au ponton d’accueil, juste devant moi. Il est vite mis au courant de mes mésaventures tandis que de mon côté je range le bateau. Je passe beaucoup de temps au téléphone, avec mes parents, avec Manu qui, bien qu’en route pour Soubise, veut savoir tout de suite ce qui s’est passé, avec Isabelle et Gaël. Je vois également Philippe, le responsable du chantier Tournier Marine juste à côté qui essaie lui aussi de trouver une solution pour sortir le bateau rapidement. Il est spécialisé dans les multicoques et en a même construit un (Gifi) pour la dernière Route du Rhum. Voilà enfin quelqu’un qui me comprend.Je pars ensuite à la recherche d’une cabine téléphonique afin que les gens puissent m’appeler sur un numéro fixe. Je visite la place de l’église et de la mairie, la poste avant de tomber sur l’unique cabine en face du monument aux morts ! Vers 22h 15 Manu arrive et nous filons droit vers le restaurant du port, pile en face de la cale. Heureusement que les propriétaires sont très sympa (et que je commence à être connue là-bas), ils nous acceptent à cette heure là ! J’en profite pour recharger la batterie de mon portable.
Vers minuit nous sommes de retour au bateau où il reste un problème majeur à régler, réparer le moteur dont Manu a besoin dès le lendemain matin. Pendant une heure nous nous acharnons sur le lanceur avec plus ou moins de succès. De temps en temps il nous donne de l’espoir mais cale bien vite. Vers 1h du matin nous renonçons, Manu repart avec le moteur sous le bras. Un dépanneur le lendemain lui indique que le carburateur était encrassé. En fait il s’est sans doute arrêté soit à cause de ça, soit en se désamorçant à force de gîter. Pour finir la journée je décide de m’accorder une douche, ça va me détendre. Déjà en entrant dans les douches/toilettes/lavabo de la capitainerie je trouve ça assez lugubre mais bon je ne vais pas faire la difficile. Tout est dans la même pièce, assez glauque. Mais le summum est atteint lorsque je presse sur le bouton de la douche. L’eau sort par le pommeau mais uniquement par les trous les plus extérieurs. Bilan il y a un jet en forme de cercle immense à l’intérieur duquel je me trouve. Pas moyen d’être sous l’eau, sauf à se mettre sur le bord pour attraper l’équivalent de trois trous! Il me faut 20 min pour réussir à enlever le savon.
Je me couche en constatant que le niveau de l’eau a fortement baissé mais que Félibre flotte encore. Le lendemain je dois dire que je ne presse pas pour sortir de mon duvet, me demandant encore quelle catastrophe va me tomber dessus à peine levée. J’appelle au boulot pour les informer de mes trois jours de retard, heureusement ils sont compréhensifs. Je trouve la seule boulangerie du village puis marche un bon quart d’heure sur la route avant d’atteindre l’Eco Marché du coin où figure le seul distributeurs d’argent. J’en profite pour acheter de quoi nettoyer mes winchs histoire de ne pas perdre ma journée. Je prends aussi de quoi laver à la main mes habits car je ne pourrai pas les ramener avec moi en train et il n’y a pas une seule laverie dans tout Soubise. Eh oui du côté du train aussi ça déconne. A l’aller il y avait un train Montpellier Rochefort de nuit direct et dans le sens retour il n’y en a pas. Du coup c’est de jour avec un changement à Bordeaux. Evidemment comme je dois en plus transporter avec moi la GV pour faire mettre le 4ème ris et le génois pour le nerf de chute c’est moins simple. L’ensemble fait dans les 4m de long et 15kg, inutile de rajouter en plus les habits sales !!
Néanmoins dans mon malheur j’ai la chance de rencontrer des gens charmants, Valérie, Laurent et leur petite fille qui apprend tout juste à marcher. Ils sont à bord du catamaran amarré juste devant moi et font une croisière en famille. Eux aussi passent la journée à Soubise. Ils m’invitent à déjeuner à leur bord le midi, c’est vraiment agréable et sympa. Ils me prêtent aussi un tuyau pour rincer intégralement mon bateau.
Pendant que je suis sur le catamaran la marée descend à nouveau. Puis tout à coup on commence à s’échouer dans la vase ! En fait c’est tout le ponton auquel nous sommes amarrés qui s’échoue. Nous prenons tout ça en photo n’en croyant pas nos yeux, pensant être au plus bas. Mais ça continue, Félibre ne flotte plus. Toutes les 10 min on se dit qu’on a atteint le point le plus bas, on mitraille de photos et vidéos mais non, ça descend encore. Félibre est désormais franchement hors de l’eau, il gîte et s’appuie lourdement contre le ponton.
En regardant de près la vase je vois qu’il y a des petits cailloux dedans et j’acquiers la certitude qu’en plus des problèmes liés à l’échouage d’hier sur la cale il faudra refaire l’antifooling orange qui aura baigné dans la vase car il est très fragile. Il faudra aussi réparer les rayures que les cailloux n’auront pas manqué de faire. Je reste à bord du catamaran jusqu’à ce que Félibre flotte à nouveau, fais ensuite une bonne heure de lessive à la main (dans la douche, à tenir le seau juste en dessous du pommeau au dessus de ma tête pour avoir de l’eau chaude, spectacle grandiose) et attaque le nettoyage des winchs, bien sales.
J’ai aussi le plaisir de recevoir la visite de Philippe Tournier, du chantier Tournier Marine qui vient s’enquérir de mon sort et discuter une bonne demi-heure avec moi. Je suis contente car visiblement il aime bien préparer les bateaux de course et je suis rassurée de laisser Félibre entre ses mains pour les futures réparations.
Vers 21h30 je file au restaurant du port où je manque de m’endormir en mangeant seule puis au lit avant le grutage du lendemain prévu à 7h45.
Mais dans cette rivière rien n’est « normal ». Alors que je viens de faire deux ou trois bords avec la grand’voile seule où tout allait bien (du moins à peu près correctement même si je trouve que ça commence à être pénible) me voilà dans l’impossibilité totale de tourner. Je me rapproche dangereusement du bord, pousse la barre à fond mais rien n’y fait je continue tout droit. Pourtant théoriquement il est facile de virer, a fortiori sans génois mais c’était sans compter sur le courant. En revanche je sais qu’il sera impossible d’empanner (tourner dans l’autre sens) la GV me poussant dans l’autre sens. C’est la crise, le bord est maintenant à moins de 20m, je garde mon sang-froid tout en étant franchement blême. Je me précipite sur le moteur de Manu et constate avec horreur qu’il n’est pas dans l’eau. Je l’avais relevé pour ne pas qu’il traîne tout le long du trajet. Je me jette sur la poignée pour le descendre mais je reste avec la partie en caoutchouc à la main. Pendant ce temps là je dérive encore et encore vers la côte. Finalement alors que je répète continuellement « aller aller aller c’est pas possible » j’arrive à l’abaisser et à le démarrer, au troisième essai. Autant vous dire que j’ai mis toute l’énergie du désespoir à tirer le démarreur. Là j’enclenche les gaz à fond le bateau vient de toucher légèrement le fond (de la vase a priori) je suis angoissée au possible, mon rythme cardiaque s’envole je pense. Mais pas de chance au moment où le bateau pivote la voile se gonfle sur l’autre bord ce qui fait gîter le bateau et a pour effet de sortir le tout petit moteur de l’eau qui, n’étant plus refroidi, se met à hurler. Je me jette sur l’écoute de GV, choque tout (ouvre la voile), le bateau revient à l’horizontal et le moteur raccroche.
Toujours hébétée par les évènements je m’assoie juste à côté du moteur pour l’enfoncer au maximum et décide de finir de remonter la rivière droit au milieu en laissant la GV battre. Je ne peux pas la border sous peine de sortir le pauvre moteur de l’eau ni l’affaler car je ne veux pas prendre le risque de n’avoir plus rien si le moteur s’arrête. Comme la voile est neuve ça me fait terriblement mal au cœur de l’entendre battre. Je commence à maudire cette rivière et l’idée stupide que j’ai eu d’accepter de venir ici. Je trouve le temps long et estime que je ne dois pas être loin de Soubise. Une dizaine de minutes plus tard je vois le ponton. Je file chercher de quoi amarrer le bateau et commence à affaler la grand’voile, face au vent c’est-à-dire avec toujours le courant qui me pousse. Je dépasse le ponton lorsque la voile se coince (un coulisseau mal mis le matin est pris dans un élastique de bastaque). Je précise tout de suite que cela ne m’était jamais arrivé en deux ans mais il fallait que ce soit là maintenant. Et alors que je m’approche du mât voir de quoi il retourne le moteur s’arrête tout net. Je me jette à nouveau dessus, tente vainement de démarrer mais c’est peine perdue, il ne veut rien entendre.
Déjà il y a un quart d’heure j’étais passablement stressée mais là je panique. Sans moteur et sans voile je suis à la merci du courant qui m’emmène à 6nd vers des genres de piliers métalliques. Je me vois déjà avec le bateau fracassé, plus de Transat, juste là, au milieu d’une malheureuse rivière. Cette fois c’est sur mon téléphone que je me précipite pour appeler le port à sec à la rescousse. Je sais qu’ils ont un zodiac et leur crie, hurle, supplie de venir me chercher. J’ai les larmes aux yeux. Cinq longues minutes passent où le courant se joue de moi, me ramène vers le centre de la rivière en esquivant les poteaux, je suis terrorisée. J’essaie alternativement de redémarrer le moteur et de renvoyer la grand’voile mais c’est l’échec sur toute la ligne. Tout à coup un voilier (au moteur lui !) apparaît. Je lui fais de grands signes et il s’approche de moi pour me remorquer. Et au même moment le zodiac du port arrive. Là un immense soulagement m’envahit. Au bout de 10 min je réussis à décoincer la voile et à l’affaler. Il nous faudra ensuite 20 min de lutte contre le courant pour rejoindre le port, en aval depuis le temps que je dérive. Je m’amarre au ponton d’accueil en tremblant encore. Je suis épuisée physiquement par les heures de sommeil perdues, la navigation depuis 8h le matin et nerveusement par le vent contre lequel il a fallu que je lutte, les cailloux à esquiver vers l’île d’Aix, la remontée de la rivière, le quasi échouage puis la panne de moteur. Tout ça fait beaucoup trop pour moi, je peine à me remettre de la journée. Le responsable m’a prévenue que j’avais une heure devant moi avant qu’on ne grute. Je range la grand’voile puis m’assoie à l’intérieur, le temps que le calme revienne. Rien que de repenser à tout ce qui s’est passé les larmes me montent aux yeux, j’ai vraiment eu peur pour le bateau. Par la suite j’apprendrai que tout n’est que vase donc je ne craignais pas grand’chose. Je fais un premier film du courant car je me dis qu’on va me traiter de Marseillaise qui exagère toujours et ne connaît pas les courants. Gaël me réconforte au téléphone puis il est temps de gruter.
Sauf que je ne vois pas de grue. Le zodiac arrive et on peine à se décoller du ponton sur lequel le courant nous pousse. Il m’amène vers une cale sur laquelle se trouve un tracteur, et toujours pas l’ombre d’une grue. Là je tente le « comment on sort exactement?» et découvre qu’ici c’est une remorque qui fait office de grue. La remorque est plongée sous l’eau, sur la cale, d’où l’obligation de gruter à marée haute et si possible à l’étale, au moment où le courant est presque nul. Parce que très vite je cerne l’inconvénient majeur du système outre le côté horaire, à savoir qu’il faut viser la remorque… mais sans la voir ! L’eau ressemble plus à du chocolat qu’à autre chose, on n’y voit pas à 10 cm. Donc on ne voit pas la remorque dont l’arrière est matérialisé par un piquet. Essayez donc de viser quelque chose que vous ne voyez pas en étant déporté par le courant…
Je fais l’attraction du petit village tout le monde est sur le quai. Moi je suis à bord de mon bateau qu’au bout de quelques temps on arrive à placer au centre de la remorque (dont je n’imagine même pas la forme puisque je ne l’ai pas vue avant qu’elle ne soit dans l’eau). J’ai déjà l’impression qu’on a cogné mon bateau partout avant d’atteindre cet état et je commence à être stressée et énervée. Je précise bien au responsable que je dois courir dans un mois la Transat sur ce bateau et pas un autre du fait des qualifications et que par conséquent il n’est pas possible de l’abîmer. Félibre est accroché au tracteur, de même que la remorque et on avance de quelques centimètres. Je sens le bateau cogner dans quelque chose, il est en train de se poser. Je pressens que c’est sur sa quille et non sur la remorque et commence à m’énerver. Le responsable me dit que c’est impossible, qu’il y a 1,75m de tirant d’eau et qu’il faut que je me calme, l’air de dire que je suis toujours paniquée. C’est sûr que depuis qu’il est venu me chercher à la dérive je suis stressée mais quand même. Chacun sur le quai y va de son avis ce qui m’énerve encore plus. Il me garantit que le bateau se pose sur la remorque, descend dans l’eau pour essayer de s’en assurer puis ressort en donnant l’ordre au tracteur d’avancer.
Et là c’est l’horreur. 15 cm plus tard il est évident que le bateau est sur sa quille, sur la dalle de béton où il est arrivé tiré par tracteur. Cette fois j’explose, je hurle, je n’en peux plus. Après la Transgascogne que j’ai fini avec le bateau en état, la rivière à laquelle j’ai échappé, mon bateau, mon précieux bateau pour la Transat, celui-là même que j’ai poncé à la main tout le mois de Mai est traîné par un tracteur sur une cale en béton. Impossible de deviner si la quille est arrachée, à moitié déformée, si la tructure du bateau est endommagée. Je suis en larmes, cette fois je pleure pour de bon. Le bateau est coincé et la marée commence à redescendre. Les autres se mettent à l’eau debout sur la remorque et commencent à pousser le bateau pour le faire sortir de là. Je suis au plus mal et en fait en y repensant je pense que ce sont des larmes de douleurs plutôt qu’autre chose. Un autre zodiac me prend en remorque et trouve le moyen de heurter le bateau dans le moteur d’un autre bateau stationné. C’en est trop, je pète les plombs et l’insulte, lui expliquant qu’il n’est vraiment bon à rien, ni à gruter les bateaux ni même à les remorquer. Finalement me revoilà au même ponton, j’appelle toujours aussi hystérique Isabelle qui m’avait conseillé ce plan. Elle-même, désolée, appelle celui qui l’avait dirigée ici qui m’appelle à son tour. Il me garantit que là où je suis je suis en sécurité et qu’il va essayer de trouver une solution. Je vérifie que le bateau ne prend pas l’eau et qu’il n’y a pas de fissure apparente à l’intérieur. J’appelle dans le même état Dominique. Manu également au bout de fil entend ma voix et saute immédiatement dans une voiture pour venir me rejoindre deux heures plus tard. Vive les copains et la solidarité entre ministes.
De mon côté j’examine avec les types du port les différentes possibilités et il n’y en a en fait qu’une seule : faire venir une autre grue, pardon une autre remorque le vendredi matin et à ce moment là seulement on verra les dégâts. D’ici là je reste amarrée au ponton. On est mercredi soir, je suis censée bosser le lendemain, j’ai une voiture à ramener à Nantes, mon bateau est potentiellement défoncé, je suis seule à pied dans un village paumé, je n’ai plus de forfait de téléphone et tout ça va me coûter un maximum de temps et d’argent. Rien ne va plus, cette fois c’est moi qui touche le fond. Je reste une bonne demi-heure dans le bateau les larmes aux yeux, le mouchoir à la main.
On dit souvent des marins qu’ils considèrent leur bateau comme un ami ce qui fait beaucoup rire les gens à terre. Mais je dois avouer que bien que je ne sois pas très maniaque, ni très pointilleuse sur les rayures etc… je suis effectivement très sensible au mal que je peux faire au bateau. Souvent lorsqu’il tape dans une vague je me dis que ce n’est pas sympa. Au début de la tempête de la Transgascogne je lui avais dit à haute voix « Ne t’inquiètes pas ça va être dur, mais comme à la Mini Solo on va y arriver tous les deux ». Je sais et je savais à ce moment que j’avais l’air bien bête en lui disant ça mais ça me paraissait plus honnête vis-à-vis de lui. Voilà c’est comme ça, même les “scientifiques” déraillent ! D’où, outre la peur et l’énervement, la douleur et la tristesse de l’avoir abîmé, d’avoir laissé ces sombres idiots et leur théorie du 1,70m lui faire du mal.
En fait ce qui s’est passé c’est que la remorque en forme de U était trop large pour le bateau qui n’a pas été soulevé par la remorque mais est passé au travers. Mais ils n’ont pas voulu m’écouter et au lieu de partir du principe que le bateau était posé sur sa quille et d’essayer de comprendre pourquoi ils sont partis du principe qu’il y a 1,75m donc pas de soucis. A la fin ils m’ont même demandé si je ne m’étais pas trompé dans mon tirant d’eau!! Visiblement le concept de voilier de course avec une jauge à respecter leur est totalement étranger.
Après la Transgascogne il fallait trouver un nid douillet pour Félibre pour le mois d’Août, à terre afin de ne pas abîmer l’antifooling en faisant un élevage de coquillages. Le problème c’est que les grutages et le stationnement à terre sont payants, à la Rochelle (destination finale) comme à Port Bourgenay. Isa, plus connue sur ce blog sous le pseudo de Zaberlouette m’avait trouvé grâce à un ami un plan qui paraissait génial : une mise à sec gratuite durant un mois à Soubise, petit port sur la Charente, à une grosse dizaine de milles de la Rochelle.
Il me fallait donc d’abord transporter mon ber (support pour le bateau à sec) de Port Bourgenay où il était arrivé avec le camion, à Soubise. J’espérais faire ça durant la semaine avant le départ mais je n’ai pas réussi à trouver le temps nécessaire, au milieu de la mise à l’eau, des changements de bastaques, remâtage, installation des nouvelles lignes de vie, des sacs à bouts, de rondelles un peu partout, remise en place de l’électronique, changement de sous barbe, prologue, contrôles sécurité etc, etc…
Mardi dernier à midi j’ai donc loué une camionnette pour la demi-journée à un prix imbattable grâce à Lionel, afin de transporter mon ber démonté jusqu’à Soubise. C’est rentré au millimètre près et je remercie Simon, maître d’œuvre du chargement, Dominique et Manu pour leur aide car le bazar pèse excessivement lourd. 2h plus tard grâce au GPS j’ai découvert Soubise, tout petit village de campagne où j’ai déchargé et remonté le ber avec l’aide du responsable du port à sec Ad Hoc. Et je suis rentrée dans la foulée pour arriver in extremis à la remise des prix presque au moment même où j’étais appelée sur le podium !
Le lendemain deuxième acte, le convoyage à la voile et en solo jusqu’à là-bas. Sachant que le courant remonte la Charente lorsque la marée monte il fallait que j’arrive vers 15h à l’entrée de la rivière pour en profiter. Il fallait aussi que je sorte de Port Bourgenay à marée haute d’où un départ vers 7h du matin. Manu a eu la gentillesse de me prêter son moteur pour éviter de rester coincée dans une éventuelle pétole en chemin et surtout pour me faciliter la remontée de la rivière et la sortie du port. Dominique était également debout pour m’aider à partir, ça m’a beaucoup touchée.
J’ai fait les trois premières heures au près, poussée par le courant, tout allait bien, il y avait presque un peu trop de vent, j’ai dû prendre un ris. Puis à 3 milles du pont de l’Île de Ré il y a eu une grosse bascule de presque 180° liée encore une fois à l’apparition du thermique sur le coup de midi et j’ai dû tirer des bords pour passer le pont. Bien sûr j’ai mitraillé l’évènement dont voici quelques photos.
Je commençais à être en retard sur mon timing de 15h à l’embouchure de la Charente à cause des bords à tirer. Et ça continuait, tout au près jusqu’à l’île d’Aix. Je naviguais en pull avec la carte et le livre de bord sur les genoux pour éviter les cailloux, assez nombreux dans le coin. J’avais prévu pour être tranquille de faire le tour de l’île d’Aix (voir la carte ci après) mais entre l’orientation du vent et mon retard j’ai décidé de couper. Pas de chance, là encore à 3 milles du passage le vent forcit, m’oblige à reprendre le ris que j’avais largué lors de la bascule. Idéalement il faudrait aussi changer le génois pour le solent mais j’ai la flemme et il ne reste que trois milles. En plus je voudrais éviter de l’abîmer en le rentrant sauvagement dans le bateau. Il commence à y avoir des vagues, je suis mouillée, la carte aussi. Je slalome entre cailloux et parcs à huîtres, passe entre le fort et l’île d’Aix, l’heure est longue. Enfin je mets le cap sur l’entrée de la Charente, elle aussi balisée, il y a quelques dangers à éviter. Je suis 30 min en retard ce qui ne pose pas de problème pour la navigation puisque la marée monte encore mais m’inquiète pour mon train de 21h à Nantes ! Il est prévu que Dominique vienne me chercher à 17h à Soubise, me ramène à Port Bourgenay où je récupère la voiture d’un breton qui m’a laissée les clés dans le pot d’échappement pour remonter avec jusqu’à Nantes et là lui garer là-bas dans un parking ! A préparer la Transat on devient expert en logistique…
A l’entrée de la Charente le vent ne mollit pas, je file à 9nds avec des pointes à 10, vent arrière, aidée par le courant. Je me félicite d’être vent arrière, je ne voudrais pas avoir à tirer des bords avec ce vent. Il y a quelques départs au lof qui m’inquiètent car le bord n’est pas loin, j’essaie de rester bien au centre. Je me dis que les 6 milles qui me séparent de Soubise vont être vite parcourus. J’ai lu les instructions nautiques (sorte de guide) qui précise que des vraquiers remontent la rivière jusqu’à Rochefort (plus loin que Soubise) pour y chercher du grain, je ne m’inquiète pas pour la profondeur où la largeur. Sur le bloc marine en revanche passé le 1er mille il n’y a plus rien car ça correspond à l’intérieur des terres. Et j’aurai dû me douter que tout cela était trop beau pour être vrai.
Voilà que devant moi se présente un virage à 180° ce qui fait que désormais je suis face au vent à tirer des bords en solo dans une rivière n’excédant pas par endroit 200m de large, animée par un très fort courant que je ne maîtrise évidement pas et qui me pousse selon son bon vouloir. Et en plus le vent est toujours très fort, j’ai un ris c’est encore beaucoup trop. Je fais quelques bords comme cela puis décide d’affaler carrément le génois et de finir sous grand’voile seule. De toute façon j’ai à peine le temps de le reborder correctement entre chaque virement. Normalement ça devrait juste me ralentir un peu, diminuer considérablement la gîte du bateau et simplifier les manœuvres à chaque virement.
Durant l’escale à Santander de la Transgascogne nous avons dû caréner les bateaux, c’est à dire nettoyer sous l’eau la coque. Par petit temps c’est important de bien glisser et vues les conditions météo on allait en avoir besoin. En plus le port, proche de celui de commerce, était vraiment sale, très gras, l’horreur.
Je me suis motivée pour laver Félibre et une fois dans l’eau (froide) j’ai enchaîné avec Yamm, le bateau de Dominique qui en a profité pour me filmer. Voilà le résultat: