Archive de la catégorie «Transgascogne»

Carénage à Santander

Mardi 7 août 2007

Durant l’escale à Santander de la Transgascogne nous avons dû caréner les bateaux, c’est à dire nettoyer sous l’eau la coque. Par petit temps c’est important de bien glisser et vues les conditions météo on allait en avoir besoin. En plus le port, proche de celui de commerce, était vraiment sale, très gras, l’horreur.

Je me suis motivée pour laver Félibre et une fois dans l’eau (froide) j’ai enchaîné avec Yamm, le bateau de Dominique qui en a profité pour me filmer. Voilà le résultat:

Transgascogne, 2ème étape, quand les portes se referment…

Dimanche 5 août 2007

Après la première étape agitée nous aspirions tous (coureurs, organisateurs et préfet maritime !) à un peu plus de calme ce qui semblait être en accord avec les prévisions météo. Au cœur d’une dorsale anticyclonique, près des côtes espagnoles le thermique devait prédominer, puis ensuite ce serait globalement un vent d’Ouest avec une traversée de bulle anticyclonique et pour finir du Nord Est.

Une bulle anticyclonique est une zone de hautes pressions sans vent. Autour de cette zone le vent est faible et tourne dans le sens des aiguilles d’une montre. Cette bulle devait se déplacer d’Ouest en Est. Tout de suite nous avons cerné deux points clés : la traversée de la bulle puis le meilleure positionnement pour l’arrivée du Nord Est.

La sortie du port fût laborieuse, les zodiacs qui devaient nous sortir (pour mémoire nous n’avons pas de moteur) sont arrivés très tard et vu mon emplacement je ne pouvais que sortir en dernier. Mais le comité a eu la gentillesse de retarder le départ pour nous laisser le temps d’arriver. La pétole régnant sur une partie de la zone c’est Lionel sur son Pogo 40 qui m’a remorquée jusqu’à la ligne. Premier départ, raté. Trop de monde l’ayant volé le comité nous rappelle et on recommence. On contourne une bouée près de la côte avant de mettre le cap sur Talmont St Hilaire. Je fais mes premiers bords avec mon nouveau génois qui a l’air pas mal, à part un petit problème de nerf de chute (corde qui tend l’arrière de la voile) qui me vaudra de le ramener à la voilerie à mon retour. Certains bateaux sortent leur gennaker et descendent légèrement sous la route, je choisis de continuer sous génois et ça marche plutôt bien. Quelques heures plus tard j’y viendrai quand même, le vent ayant tourné légèrement. Je maudis la voilerie Ettore qui ne m’a pas livré le nouveau à temps et m’oblige à utiliser l’ancien qui n’est pas sur enrouleur, et nécessite donc pas mal d’efforts. Néanmoins je mets au point une technique d’enfer pour affaler qui consiste en étant bien vent arrière à replier le bout dehors au vent puis à faire descendre la voile dans le génois, ce qui évite qu’elle ne passe à l’eau. Pour la renvoyer il suffit de redéplier le bout dehors en étant bien abbatu et de renvoyer en 4ème vitesse la drisse.

Je me repose un peu, mange en prévision cette fois de la bulle de pétole qui risque de requérir mon attention toute la nuit. Je vais continuer comme ça jusque vers 22h et là plus de vent. J’entends à la VHF que je ne suis pas la seule dans ce cas. A propos de VHF je dois souligner que l’ambiance n’y est pas du tout la même qu’en Méditerranée. Pour commencer il est difficile d’entendre tout le monde lors des vacations radio ou même n’importe quand car les choix tactiques sont assez ouverts et du coup la flotte s’éparpille alors qu’en Méditerranée elle est plus contenue. On est donc beaucoup plus seul, surtout en solo. D’ailleurs de temps en temps quelqu’un qui vous voit ou qui ne voit personne vous appelle juste pour parler, vous donner sa position, ou pour être réconforté. Durant la première étape c’était le cas de Cécile, durant la seconde j’entendrai une autre voix féminine. Dans un autre registre nous disposons d’un animateur : Marcel for Ever un bateau de la course qui met régulièrement l’ambiance et la musique. Comme c’est fait avec beaucoup de goût et d’humour sans être lourd c’est bien sympa.

Durant toute la nuit je vais me battre dans du vent très léger, à faire parfois des tours sur moi-même, sans voir personne. Je suis partie plutôt dans l’Ouest pour atteindre plus vite la zone derrière la bulle. J’apprendrai à mon arrivée que les premiers ont fait l’inverse, visant l’Est pour passer avant. Mais à part les meilleurs (en prototype) ça ne marche pas. Les autres se sont fait prendre au piège, la bulle s’est refermée sur eux avant qu’ils n’aient le temps de passer ce qui donnera donc au final le même résultat que mon option.

Mais pour le moment je ne sais rien de tout ça et je m’inquiète, persuadée que je suis seule de ce côté et furieuse de ne pas être avec les autres qui feraient de bons repères. En effet le vent trop faible ne me permet pas de faire une route directe sur l’arrivée, il faut donc s’en écarter pour avoir un peu de vitesse, le tout étant de ne pas s’en écarter trop pour ne pas faire un chemin démesurément long. Et c’est ce compromis qui est difficile à trouver, seule, la nuit, bien fatiguée !

Au lever du jour il n’y a toujours personne sur l’horizon, à 8h je ne capte pas la vacation radio et visiblement personne ne m’entend. Je suis persuadée d’être seule ici, bonne dernière. Je passe ma matinée à faire de l’Ouest pour sortir de la bulle, retoucher du vent d’Ouest, filer vite droit sur l’arrivée (Nord Est), me replanter dans la bulle qui est toujours là juste sous moi, refaire de l’Ouest, retoucher du vent, espérer, être déçue, recommencer ! Ca ne m’amuse plus du tout, je suis démotivée mais réalise vite qu’il n’y a qu’une solution pour se sortir de là : se battre pour faire avancer le bateau. Je ne lâche pas la barre et guette la moindre rotation de vent ou risée.

Et tout à coup je sens que c’est la bonne, la rotation du vent sur l’Ouest se fait plus précise, j’envoie le spi. L’avantage du spi est qu’il est coloré contrairement aux autres voiles qui sont globalement blanches. Du coup on les voit mieux et je commence à voir de petits points bleus, rouges ou jaunes sur l’horizon, ouf d’autres concurrents ne sont pas si loin ! J’arrive même à communiquer ma position à un bateau accompagnateur, le moral remonte. Quelques grains passent et s’amusent à tout tremper, c’est moins drôle. Et puis peu à peu le vent refuse (se rapproche de moi), je dois après une longue hésitation affaler le spi. C’est toujours délicat car le spi représente une grande surface donc un très net avantage en vitesse mais il ne marche pas près du vent, il faut bien s’y résoudre!

Le vent monte j’avance doit sur le cap à 7nd, c’est chouette. Je dors par tranche de 20 min, les milles défilent sans rien faire ou presque c’est le bonheur. Et ça forcit encore, cette fois le bateau gîte trop, je prends un ris très facilement. Deux concurrents sont très proches de moi, j’ai peur que l’un d’entre eux ne me rentre dedans pendant que je dors. Mais ils sont en double donc j’imagine que eux veillent contrairement à moi. Le deuxième, une concurrente en solo, cherche à nous joindre par VHF pour nous prévenir entre autres que ses feux ne marchent plus et qu’elle les a remplacés par les feux de secours, moins visibles. C’est sympa de lui parler un peu.

Toute la nuit se déroule de la même manière avec le vent qui mollit un peu et le renvoi du ris. Au lever du jour je ne suis plus qu’à 25 milles de l’arrivée que je me vois atteindre en 4h. Sauf que ça ne se passe pas du tout comme ça. Alors que je croyais que ma voie était toute tracée je me heurte magistralement à une énorme porte close, la fameuse bascule de Nord Est que j’avais bien en tête mais que j’espérais prendre de vitesse. Raté. Le trajet est désormais face au vent et il faut tirer des bords, ce qui multiplie quasiment la distance par deux et bien entendu il en va de même pour le temps restant.

Le coup est dur à encaisser car les écarts avec les bateaux qui me précèdent sont aussi multipliés et comme le classement se fait en ajoutant le temps des deux étapes ça ne me dit rien de bon. Je décide de partir vers la terre pour tirer mon premier bord mais les bateaux qui sont avec moi choisissent le large. Comme je ne veux pas les laisser pour éviter de refaire comme la première nuit je pars avec eux ce qui sera une belle erreur car au large le vent qui est contraire aux vagues résiduelles de l’Ouest lève un clapot pénible pour nos bateaux et nous ralentit terriblement. Je reviens à la côte en me maudissant. Le compteur défile excessivement lentement, ça m’énerve. 6h plus tard je suis à 5 milles de l’arrivée, je commence à me préparer pour mon dernier bord et là nouveau coup de Trafalgar, je m’emplafonne dans la dernière porte de cette étape, une pétole impériale sortie tout droit de nulle part. En réalité il fait chaud et le vent thermique, opposé au Nord Est tente de s’établir, compensant ce dernier ce qui crée cette absence de vent. Là ça devient carrément pénible. On crame en plein soleil, je n’ai rien mangé depuis le veille au soir pensant arriver rapidement et n’osant pas lâcher la barre durant le sprint final. En guise de sprint c’est une course d’obstacle. A ce moment là la VH grésille et la voix de Dominique sur le 281 résonne, expliquant au pointeur de la ligne d’arrivée qu’il est à 2 milles mais qu’il n’avance pas du tout. Le sourire revient immédiatement. Dominique est pour moi un excellent repère, toujours devant moi et là il n’est pas loin. Sur l’horizon il y a une bonne dizaine de bateaux, la situation loin d’être épatante n’est néanmoins pas désespérée.

Après une bonne heure de cuisson en plein soleil le vent s’établit de manière très faible de l’arrière. Les bateaux au loin envoient le spi, je fais de même, en marchant sur des œufs pour ne pas perturber la marche -lente- du bateau. La manœuvre se fait sans encombre, bord à bord avec un autre Super Calin, groupe Setec, en double et le 219, en double aussi. 40 minutes plus tard je passe enfin la ligne et un zodiac m’aide à rentrer dans le port. Je file récupérer mon téléphone et m’installe à une crêperie rattraper les repas en retard !

Cette deuxième manche, très différente de la première aura été éprouvante à sa manière et je ne suis pas fâchée que tout cela soit terminé. Le soir des ministes organisent un barbecue et nous discuterons options, anticyclones et transat jusque tard dans la nuit…

Transgascogne, l’escale

Samedi 4 août 2007

Durant cette escale nous avons été reçus comme des princes. A peine la ligne d’arrivée franchie un zodiac est venu me chercher, des bénévoles m’ont aidé à m’amarrer, à rouler les voiles, m’ont indiqué les douches et le petit-déjeuner auxquels je fis honneur. Durant les quatre jours de notre séjour nous avons eu droit à plusieurs pots de bienvenue (mairie, yacht club), à la remise des prix devant un somptueux château surplombant la mer (auquel on nous a amené en car) et nous avons profité des restaurants et des bars à tapas les plus proches…

Le château de la remise des prix          Le château de la remise des prix 2

Vue depuis le chateau de la remise des prix          Vue depuis le chateau de la remise des prix 2

En ce qui me concerne j’étais bien fatiguée et pas franchement motivée pour travailler sur le bateau donc j’ai beaucoup dormi et flâné sur les pontons et en ville. D’autres ont pris l’option plage dont ils sont revenus rouge écarlate, il tape le soleil espagnol, presque autant que la cerveza !

Une inspection en bonne et due forme du bateau s’imposait néanmoins afin de vérifier que tout était intact après les dures conditions de la première étape. Là nombreuses furent les mauvaises surprises mais je m’en suis bien sortie, sans aucun dommage. Un petit tour dans le mât pour s’assurer que rien n’avait bougé et me voilà rassurée.

Bricolage en tête de mât

L’exercice s’avérait néanmoins délicat car le seul point négatif de l’escale était le port, très mal abrité, en particulier du trafic portuaire. A chaque passage de vedette à passagers en partance pour la plage d’en face ou de porte container traîné par un remorqueur nous nous faisions complètement secouer, pas mal de bateaux ont été endommagés. Et ça fait quand même mal au cœur de casser son bateau au port après avoir traversé une tempête ! J’ai emprunté des pare battages à gauche à droite jusqu’à disposer d’une armée prête à me protéger du ponton sur lequel j’étais amarrée.

Félibre à Santander

L’entrée du ponton était interdite aux nombreux visiteurs qui du coup nous regardaient du quai. Sur la deuxième photo ci-dessous on voit le yacht club.

Le port de Santander          Le port de Santander avec le yacht club

Le dernier après-midi fût consacré à l’étude des prévisions météo pour le retour avec déjà un premier constat : ça sera calme… mais long !

Transgascogne, 1ère étape: baston!

Mercredi 25 juillet 2007

Me revoilà de retour à terre, après deux jours éprouvants. Comme vous avez pu le lire dans le post précédent les conditions météo ont été particulièrement dures, et franchement pires que prévues. Au moment du briefing dimanche matin on nous annonçait d’abord un vent de Sud d’une bonne dizaine de nœuds puis de l’Ouest, 30 à 35 nds établis avec quelques rafales pour le lundi. Un passage classique de dépression. Et on était censé arriver le lundi soir. Voilà pour le programme. Sauf que la météo a décidé de faire une petite variante pour nous rappeler que la mer fait ce qu’elle veut et qu’on est à sa merci. Pour nous rappeler aussi que parfois la course au large c’est dangereux et que rien n’est acquis d’avance. Et pour finir que la météo n’est pas une science exacte.

On pensait donc repartir pour un genre de Mini Solo bis. Du coup forte de cette dernière expérience encore bien fraiche dans mon esprit j’ai soigneusement préparé le bateau le matin du départ: j’ai arrimé les caisses, préparé les affaires chaudes (polaires, chaussettes, bonnet, bottes) dans un coin, gardé un sac de pain près de la couchette, prévu les trois ris et mis à disposition le tourmentin, toute petite voile d’avant fluo réservée à la tempête.

Me voilà parée, et curieusement je ne suis pas tellement inquiète, juste très fatiguée par le rythme de la semaine de préparation. Du coup je ne me sens pas en forme et je décide d’y aller tranquillement. Nous partons, passons la bouée de dégagement, redescendons vers Port Bourgenay sous spi. Les manœuvres se passent bien, je suis contente de moi. Ensuite nous mettons le cap sur les Sables d’Olonne. Certains bateaux sortent leur gennaker, j’ai la flemme, je n’ai toujours pas reçu le nouveau qui devait être sur enrouleur. Je me dis qu’une fois rentré à l’intérieur il va prendre une place incroyable et va m’embêter une fois le mauvais temps arrivé. Je perds quelques places, tant pis. Puis ça y est, cap au large. Nous allons à la rencontre du front de la dépression, vers l’Ouest afin de toucher au plus vite la bascule qui nous permettra de faire route directe sur Santander. J’ai bien étudié mon bouquin météo, pour une fois je suis à peu près au point. Je scrute le ciel à la recherche des indices. Peu à peu la couverture nuageuse augmente, le fameux halo apparaît autour du soleil. Nous sommes au débridé, c’est-à-dire pas au plus proche de la route mais avec un bon compromis entre le cap et la vitesse. Le pilote barre mieux que moi puisqu’il s’agit de garder une direction fixe. Je suis bord à bord avec Manu, un copain. J’en profite pour aller dormir, en prévision de la nuit musclée qui s’annonce. Je m’accorde des tranches de 10 min de sommeil entre lesquelles je vérifie les réglages et les éventuels obstacles.

La nuit approche, il commence à faire un peu plus froid. Prudemment je prends les devants et enfile toutes les couches de polaires, pas question d’attendre le coup de vent et de se changer au milieu des voiles trempées. Je mange une bonne boîte de raviolis histoire d’être parée. J’ai un peu l’impression de partir au combat. Le ciel devient noir puis subitement il se met à pleuvoir. Je repars me cacher à l’intérieur, toujours des petites siestes de 10 min. Il s’agit de ne pas rater la bascule. Le vent tourne progressivement, je règle le pilote régulièrement pour suivre la rotation. Je vois beaucoup de lumières de bateaux, tous de la course, 70 concurrents ça fait du monde! Et la nuit entière va se passer comme ça, plus au moins sous la pluie.

Au petit matin je décide qu’il est temps de virer. Cette fois je ne vois plus personne, difficile de prendre une décision seule mais il faut bien tourner un jour! Il est 6h. Première mauvaise nouvelle le vent n’est pas vraiment établi à l’Ouest, mais plus à l’Ouest Sud Ouest, ce qui fait qu’on doit faire du près (allure la plus proche du vent) et pas du vent de travers comme prévu. Le problème c’est que d’une part c’est moins rapide, d’autre part c’est plus gité (le bateau penche plus) ce qui va poser un problème lorsque le vent va forcir. Je m’inquiète, me demande si c’est normal, si j’ai attendu assez longtemps avant de virer, si j’ai bien passé le front… En fait il semblerait que oui et le vent restera dans cette direction toute la journée du lundi.

Par contre il forcit. J’avais déjà pris deux ris pendant la nuit dans ma belle grand’voile toute neuve, et ça m’avait fait un peu mal au cœur. Je ne tarde pas à prendre le 3ème et dernier! Mais plus ça va plus le vent monte. Déjà 30 nds établis, le bateau est littéralement couché. Je m’angoisse, la mer commence à être agitée. Devant j’ai encore le solent arrisé, je sens qu’il faut mettre le tourmentin. La perspective d’aller sur la plage avant, à moitié verticale, sous l’eau ne me réjouit guère. Je ne vois aucun bateau. A la vhf je n’entends absolument personne, pas de bateau accompagnateur, pas de concurrent, c’est le stress. Tout à coup une voix perce, c’est celle de Cécile, très inquiète elle aussi, qui veut parler à quelqu’un. Simon lui répond, lui conseille de mettre son tourmentin en prenant directement un ris dedans. Ca me conforte, j’y vais. En fait la manœuvre se passe très bien, plutôt vite, sans être trempée car les vagues sont grosses, le bateau arrive à monter et à redescendre sans les transpercer. Pour le moment ça ne déferle pas trop.

Je reviens à l’arrière, contente de mes nouvelles lignes de vie (sangles qui vont de l’arrière à l’avant du bateau sur lesquelles on s’accroche pour ne pas tomber dans l’eau). J’arrive à m’accrocher de l’intérieur du bateau et je peux tout faire sans me décrocher, c’est chouette et sécurisant. Le hic c’est que j’ai mis le minimum de voile que je peux et le vent monte encore.

Je barre depuis plusieurs heures déjà, je suis fatiguée, je n’ai rien mangé depuis la veille au soir, je ne suis pas rassurée, le mal de mer commence à me gagner. J’entends Simon dire à Cécile que lui est à l’intérieur avec la barre attachée. J’essaie de faire même en bloquant la barre à l’aide du vérin du pilote, lui-même en stand-by. Le temps de rentrer, de me coucher intégralement trempée à force de prendre des vagues (je ne quitte rien, je plonge sur mon matelas comme ça) et je sens le bateau qui vire tout seul. Je ressors en courant, en prenant quand même le temps de m’attacher. La barre présente tellement d’efforts qu’elle a réussi à sortir le vérin toute seule. Je mets 15 min à remettre le bateau en ordre puis je décide que je vais tenter de faire marche le pilote. Il faut que j’accepte de descendre de 10° de plus (donc de faire une route moins proche de Santander) mais ça marche. Ca me parait être une bonne solution car maintenant le bateau est bien couché, il est difficile de tenir assise dehors. En plus il y a de grosses déferlantes, les vagues sont énormes et je trouve que le risque de se faire arracher n’est pas négligeable. Bien sûr étant attachée je risque seulement de me faire projeter de l’autre côté mais la chute peut être mauvaise, inutile de tente le diable. Je rentre me coucher (assise je suis sûre d’être malade) en mangeant un peu de pain, en position fœtale pour essayer de me réchauffer. Je m’endors le pain à la main, comme un nourisson. Je suis vite réveillée, le bateau a à nouveau viré. Cette fois ça m’énerve. Nouvelle sortie précipitée, empannage et ça repart. 15 min plus tard encore la même chose mais cette fois je comprends d’où vient le problème. Lorsque les rafales sont trop fortes, le bateau se couche, le mât est presque dans l’eau et à cause de l’inertie et de la pesanteur le pilote se soulève de son ergot et la barre se décroche. Et comme la grand’voile est un peu trop grande par rapport au tourmentin le bateau vire. Cette fois je ressors avec de quoi accrocher le pilote à la barre de manière efficace, et ça marche. Je dors par tranche de 30 min cette fois, histoire de repérer un éventuel pêcheur. J’en croiserai d’ailleurs un dans la journée.

Tout à coup je m’aperçois que les genres d’étagères du côté sous le vent du bateau sont remplies d’eau et font piscine à débordement vers le fond du bateau, ce qui bien sûr accentue la gite. Ca ne va pas du tout il y a au moins 50 litres d’eau. D’où vient-elle? En fait samedi soir après le prologue pour faire une réparation j’ai dû dévisser une vis du pont pour la remettre ailleurs et la nuit tombant j’ai oublié de reboucher le trou (du 6!). Et il se trouve qu’avec la gite actuelle, les chandeliers sont intégralement sous l’eau en permanence, et le rail de génois aussi. Du coup le trou est également sous l’eau en permanence, ce qui fait que j’ai une arrivée d’eau continue de diamètre 6! Ni une ni deux je sors le pistolet à mastic siliconé, j’enfonce le bout dans le trou et j’appuie à fond sur la gachette. Miracle ça ne coule plus. Un petit coup de scotch pour assurer les arrières, la même opération dehors sous l’eau (du coup j’ai les bras trempés jusqu’aux coudes et les jambes jusqu’aux genoux) et la fuite est maitrisée. Reste à sortir l’eau qui est rentrée. Et là c’est “aquaboulevard” ou “intervilles”, comme on veut. En gros le bateau penche de 60 à 80 degrés avec d’énormes coups brutaux. Je remplis le seau à moitié, tente de monter les trois marches de la descente, passer le seau par le trou sans ouvrir le capot pour ne pas qu’une déferlante rentre, vider le seau sans le lâcher et réitérer l’opération une dizaine de fois, sans vomir. Je réussis à faire deux seaux puis je file me coucher, trop malade pour continuer. 15 min de sieste plus tard je recommence, etc… J’ai réussi à me prendre un seau complet sur le coin de la figure durant les 3 marches et j’ai cru m’être cassé le nez. Aujourd’hui j’ai encore mal mais ça va! J’ai aussi réussi à me coincer le doigt dans la descente, ça a saigné sous l’ongle mais on fait aller!

Le bateau est plus ou moins vide, je suis fière de moi. Dehors l’enfer continue, il y a entre 40 et 50 nds, les vagues arrachent tout ce qui a le malheur d’être mal arrimé sur le pont. Je songe à enlever complètement la GV mais ça parait impossible à faire avec le vent qu’il y a et surtout les grosses vagues. A retenir pour la prochaine fois, installer un 4ème ris. Ca sera fait dès mon retour. A l’intérieur le matelas se déplace à chaque vague, toutes les 15 min je dois me repousser vers le fond. Je suis calfeutrée dans un genre de petit caisson, j’imagine que c’est l’endroit le plus sûr si jamais le bateau fait un tour sur lui-même, mât sous l’eau? Moi je ne me déplacerai pas de beaucoup et surtout je ne croiserai pas tout le bazar (caisses de nourriture, caisse à outils, réchaud ou autre) qui fera le tour en même temps que moi. Il faut quand même préciser que beaucoup ont vécu cette expérience durant la course, c’est dire les vagues.

Finalement toute la journée se passe comme ça, dans l’angoisse de n’entendre personne à part quelques relais d’appels de détresse, de voir le vent monter un peu plus ou le bateau faire un tonneau. Seule rencontre “humaine” et presque rassurante, un avion de recherche des secours qui survole la zone à la recherche d’un concurrent qui coule. Je me dis que quand même quelqu’un veille sur nous.

J’ai le temps de me demander ce que je fais là et si c’est bien raisonnable de faire la Transat, mais je fais le dos rond, pas d’autre choix. Je me remémore le livre de météo qui dit qu’une traine de dépression passe généralement en 8h. Je regrette de ne pas avoir de BLU en état de marche pour écouter un éventuel bulletin météo rassurant. Je traverse quelques grains terribles. A l’intérieur il pleut, ça relève du déluge, ça fouette le visage en faisant très mal et le vent monte encore, l’écume vole. Par contre la mer est lissée par la pluie et le vent. Heureusement ça ne dure que quelques minutes à chaque fois.

A la fin de la journée le vent mollit et je trouve que ça devient très cool, je regarde mon anémomètre qui affiche encore 27 nds! Peu à peu le vent tourne et on peut recommencer à viser Santander. Je passe encore la nuit au fond de la bannette, par tranches de 30 min. Je surveille à l’aide du voltmètre les batteries pour ne pas les faire descendre trop bas en tension, le pilote consomme beaucoup. Au lever du jour je reprends la barre car le bateau tape violemment contre les vagues, plus courtes et cassantes près des côtes. Je vois Santander à 20 milles. Peu à peu le vent mollit, je renvoie deux ris. Le deuxième ne fut pas une mince affaire car il y avait un genre de gros nœuds dans la bosse de ris (bout qui retient la toile), le feu à retournement et le safran!!! En effet les bouts avaient été emportés par les déferlantes et trainaient dans l’eau et du coup se sont pris dans les safrans. Pareil pour le feu à retournement que j’ai trainé dans l’eau pendant 140 milles! Heureusement j’avais pris soin de dévisser l’ampoule donc au moins il n’était pas éclairé! A coup de couteau j’ai soldé l’affaire. Et vers 9h30 je crois j’ai coupé la ligne avec comme premier soucis de savoir où étaient mes amis et comme seconde priorité de prévenir ma famille de mon arrivée. Bertrand avait fait demi-tour vers la Rochelle, Dominique était à Bilbao, Simon avait deux heures d’avance sur moi et Manu une heure de retard. Dominique et Simon ont fait un demi-tonneau. La structure du bateau de Simon est trop endommagée pour rentrer à la voile. Celle de Dominique devra être réparée mais suffit à rentrer, par contre le matériel électronique en tête de mât n’existe presque plus et il n’est pas le seul dans la flotte. Moi après un check up complet, quelques heures à sécher le bateau, une bonne douche j’arrive au résultat très confortable de zéro dégât sur la fille et le bateau.

L’expérience n’a pas été agréable, on a atteint les limites du bateau mais j’ai pu constaté que j’avais eu les bons réflexes et que je vais pouvoir apporter la seule amélioration utile, à savoir le 4ème ris.

En attendant la deuxième étape plus calme je me repose, mange, dors et aide les copains. On est reçu comme des princes au yacht club de Santander, avec énorme petit-déjeuner le jour de l’arrivée, apéro à 13h à la mairie, soirée ce soir à 20, remise des prix dans un château demain soir, ticket bar offerts… On rattrape les coups durs de ces deux derniers jours!

Une petit précision pour ceux qui ont suivi mes aventures et que je remercie vivement (J’ai beaucoup pensé à vous sur l’eau). Ma balise Argos a affichée 26,6 nds à un moment, comme l’indique Laurent dans son commentaire sur le post précent. En fait j’ai bien dû faire cette vitesse mais sans m’en rendre compte car il s’agit d’une vitesse instantanée et si l’on regarde le cap (243) ça correspond à l’axe des déferlantes et pas au cap que je suivais à la voile. La mesure à dû être faire pile au moment où elle me tapait sur le côté en me propulsant avec elle violemment!

Transgascogne

Lundi 16 juillet 2007

Comme vous avez pu voir dans la rubrique “Programme de l’année” et au travers de mes articles les plus récents, le week-end prochain je prendrai le départ de la Transgascogne. Cette course peut être courue en double ou en solitaire, ce qu’il fait qu’il y aura 4 catégories, selon que les bateaux sont de série ou prototypes, en double ou en solo. Pour ma part je serai classée en solo, et bien sûr en série, soit théoriquement les bateaux les plus lents!

La course est constituée de deux étapes, différentes l’une de l’autre. Le trajet aller fait 330 milles et passe au Nord de Belle-Île avant de redescendre vers Santander en Espagne. La seconde étape est directe entre Santander et Port Bourgenay (à côté des Sables d’Olonne) et ne fait “que” 200 milles

Parcours de la Transgascogne

Samedi prochain (21 Juillet) aura lieu un prologue, obligatoire, mais qui ne compte pas dans les résultats puis dimanche à 12h02 ce sera le départ de la première étape à Port Bourgenay. L’arrivée est prévue à partir du mercredi soir. Le départ de la seconde étape est ensuite donnée le samedi suivant (28 Juillet) à 12h02 pour une arrivée estimée vers le lundi.

Il y aura 80 bateaux sur la ligne de départ, ça sera donc la plus grosse course à laquelle j’aurai participé en Mini, a fortiori en solo! Et ça sera aussi un bon entraînement pour la Transat et ses 84 partants… Ca sera également ma plus longue course en solo, mais en deux étapes qui font presque chacune une Mini Barcelona (course faite en Octobre dernier). Et l’occasion de retrouver l’Espagne durant l’escale, comme lors de la Pornic Baiona. D’ailleurs Lionel Regnier avec qui j’avais participé à cette course fera partie des bateaux accompagnateurs, et m’héberge durant la semaine avant le départ, merci à lui!

Seul regret Gaël ne sera pas de la partie. D’abord il attend d’être sûr de faire la Transat pour emmener Okoumé en Atlantique, ce qui vu le bazar que ça représente est plutôt sage. Donc pas de Transgascogne pour Okoumé. On a ensuite pensé la faire en double ensemble mais Gaël n’a pas pu obtenir les congés nécessaires.

Concernant le suivi de la course nous aurons à bord une balise Argos qui donnera automatiquement à l’organisation notre position, plusieurs fois par jour. Il sera donc possible de nous suivre quasiement en temps réel sur le site de la Transgascogne, peut-être même grâce à une cartographie? Isabelle vous donnera aussi ici quelques nouvelles, comme lors de la Mini Lions. Enfin je tâcherai de vous écrire depuis l’escale. En revanche après l’arrivée soyez patients car je devrai d’abord convoyer Félibre jusqu’à Soubize où il restera tout le mois d’Août, comme expliqué dans mon post précédent “A deux mois du départ“.

Le premier objectif c’est de ramener le bateau (et le skipper!) entier car je n’aurai pas le temps ensuite de faire de grosses réparations et il s’agit de ne pas gâcher à deux mois du départ tous les efforts faits jusqu’à présent. Le second objectif c’est de prendre un peu mes marques en solo car ma dernière course en solo, la Mini Solo, tenait plus de la survie que de la course. Le troisième et dernier objectif est d’essayer mes nouvelles voiles, notamment le gennaker sur enrouleur. Bien sûr je vais tenter de faire de mon mieux mais compte tenu de tous ces éléments et des grosses pointures qui seront au rendez-vous ne m’attendez pas trop aux premières places!