Mardi 9 Octobre
Au petit matin le vent mollit mais la météo annonce encore 30 nds pour la journée. Je n’ose pas renvoyer le spi car il y a encore de fortes rafales et je ne me sens pas tellement en forme. Avoir perdu tout contact VHF avec Gaël sans avoir vraiment eu le temps de lui dire au revoir et sans réaliser que c’était définitif me plombe le moral. En plus à la VHF beaucoup de gens racontent leurs misères, leur casse, parlent de tous ceux (nombreux) qui se sont arrêtés aux Canaries pour réparer. Le summum est atteint lorsque nous apprenons que Manu (un bon copain skipper de Domaine des Thomeaux) a déclenché sa balise pour signaler son abandon et demander assistance. Toute la journée je pense à lui et me demande ce qui a bien pu lui arriver. Cela me fait froid dans le dos et m’incite à rester prudente. Je suis consciente d’avoir exagéré hier et d’avoir poussé la machine un peu loin à ce stade de la course.
La mer est toujours horriblement hachée. A la VHF je capte maintenant tout un groupe bien sympathique dont Laurence. Elle a eu quelques ennuis en fin de nuit et s’est fait une belle frayeur en passant dans les Canaries, je suis contente de mon choix stratégique. Elle ne compte pas remettre le spi pour le moment. Autour de moi personne ne renvoie.
Quelques heures plus tard le vent est de 18nds environ, tout à fait spiable pourtant je n’ose pas, redoutant la rafale qui me ferait prendre bien trop de risque. Dominique est maintenant à portée VHF et il a fini par renvoyer son spi ne voyant pas arriver de rafales. Je finis par me motiver et je sors le spi dans son sac dans le cockpit. A ce moment précis le vent monte subitement à 30nds qui resteront établis durant une heure. Une chance que je n’ai pas eu le temps de renvoyer le spi sinon ça aurait été un véritable combat. Toujours par la VHF j’apprends qu’ailleurs sur le plan d’eau d’autres skippers ont également subi un renforcement ponctuel du vent. Tandis que celui-ci mollit à nouveau je reste sur mes gardes. Je discute un long moment avec Dominique, c’est bien agréable.
Tout à coup je pars à l’abattée, je regarde le vérin du pilote il est à nouveau bloqué en fin de course. Empannage dans la foulée, GV dans la bastaque, heureusement que je n’avais pas de spi. Je maudis ce vérin, le deuxième, qui visiblement a maintenant le même souci que le premier. Et là je craque, je suis en larmes, je n’en peux plus de ces vérins qui pètent toutes les 12h, trop c’est trop. Je me demande ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça, qui est le dieu des vérins qui s’acharne sur moi de la sorte. Je rappelle Dominique qui est spécialiste de la chose et il ne comprend. Pourtant j’ai bien une idée, à savoir que les nouvelles clavettes ne vont pas et coincent le vérin. En effet à Madère j’ai remplacé la clavette du premier vérin qui s’est coincé rapidement. Ensuite la clavette du second vérin casse, je la change puis à son tour il se coince. La coïncidence est troublante. J’en parle à Dominique qui m’assure que le problème ne vient pas de là puisque lui et Mathieu ont les mêmes clavettes (c’est lui qui me les avait fournies à Madère) et ils ne rencontrent pas ce phénomène. En revanche il a une solution électronique au problème. En effet nous pouvons régler des butées électroniques de barre. Le pilote mensure l’angle de la barre et dès que ça dépasse un seuil il arrête de manœuvrer. L’idée consiste donc à régler ce seuil de manière à éviter de venir en butée pour ne pas que le vérin se coince. Suite à des problèmes de symétries un peu compliqués à expliquer cela m’handicape un peu car le pilote a moins de marge de manoeuvre donc le bateau tourne moins rapidement ce qui est ennuyeux sous spi mais on fera avec.
Sauf que je n’arrive pas dans un premier temps à régler ces butées. Je sors donc un troisième vérin, le dernier dont je dispose, que Colette et Rémy m’avaient apporté à Madère. Celui là n’a pas de prise, il s’agit donc d’en démonter une sur l’un des autres vérins puis de la remonter sur celui-là. Opération qui parait simple mais qui me prend pas mal de temps. Déjà les vis de la prise sont tellement petites que je n’ai pas de tournevis adapté. Je transforme l’opinel en tournevis en cassant le bout de la lame. Ensuite le diamètre des fils n’est pas le même pour les deux vérins alors que le montage doit absolument être étanche puisque le vérin est dehors. Et bien sûr pendant tout ce temps le bateau est arrêté, à la cape. Et donc lorsque le nouveau vérin est en place je n’entends plus Dominique à la VHF, il m’a distancée, de même que Laurence. Le moral en prend à nouveau un sacré coup. J’ai l’impression de vivre sans arrêt les mêmes choses : toujours des problèmes de vérin qui se soldent par mon recul dans le classement. C’est pénible.
Face à tout ça je décide de m’accorder une bonne nuit, au point où j’en suis un peu de repos me fera le plus grand bien, me remontera le moral (fatiguée on est beaucoup plus sensible) et je serai à nouveau d’attaque pour le lendemain. Au bout d’une demi-heure de pilote je ressors m’assurer qu’il ne chauffe pas. En effet si le bateau est mal réglé le pilote force beaucoup et le vérin a tendance à chauffer. Comme il fait nuit noire (toujours sans lune) et qu’il y a encore de grosses vagues il n’est pas évident de se rendre compte des réglages et de la dureté de la barre. Je pose donc la main sur le vérin et la retire immédiatement car il est brûlant. Je le trouvais très lent ce vérin, la tige ne sortait pas aussi vite que sur les autres mais je ne soupçonnais pas qu’il chauffait autant. Même en forçant sur la barre il ne devrait pas être aussi chaud si rapidement. Lassée mais pas abattue je me penche à nouveau sur les réglages d’angle de barre que je parviens cette fois à maîtriser. Je change donc encore de vérin pour remettre le second (celui de Simon) car le mien (le premier) n’a plus de prise ! Normalement la tige ne peut plus se coincer car il ne peut maintenant plus arriver en butée. Ouf. Et je file au lit.
Mercredi 10 Octobre
Un nouveau jour se lève plus clément et je suis bien reposée, le moral est bon. J’ai enfin digéré le départ de la course, j’ai le sentiment que les vérins vont me laisser en paix et je me suis faite à l’idée que je n’entendrai plus ni Dominique ni Gaël jusqu’à Salvador. Il s’agit désormais de rester dans le match en m’intégrant au nouveau groupe qui m’a rattrapé, plus question de me faire distancer. Je suis désormais avec Pierrick sur sa Banane, qui lui entend le Petit Citron qui lui-même a eu Gaël en VHF. J’entends également Sigrid depuis la veille et Fred de Surfrider Foundation est sur mes talons (je le vois). Il reste alors 550 milles pour le Cap Vert, ce qui fait qu’on a parcouru 1/6 de la distance. Et si l’on se base sur une durée de course estimée à 25 jours on a également fait 1/6 en temps, tout va bien, le moral remonte. J’ouvre un Coca pour fêter ça.
Je passe la journée à la barre sous petit spi, la chaleur fait son apparition. Je commence à trouver mon rythme : je barre toute la journée et Bob fait la nuit. En effet la nuit est tellement noire que je ne vois rien, ni les voiles ni les vagues, le pilote barre donc mieux que moi. J’en profite pour dormir, manger et faire les réparations nécessaires. Je suivrai ce rythme jusqu’aux trois derniers jours de course et après discussion à l’arrivée, on a tous fait la même chose !
Cette première journée de chaleur me donne mal à la tête mais après un Doliprane et une bonne nuit je suis à nouveau en forme. La nuit sous petit spi et sous pilote s’est bien déroulée à 8 nds de moyenne, sans aucun souci ni départ à l’abattée. Je sais que Sigrid n’a pas osé garder le spi cette nuit, je l’ai donc bien rattrapée puis doublée. Je reprends confiance en moi et dans le bateau. Un peu trop confiance en fait…
Jeudi 11 Octobre
Le vent a tourné dans la nuit. Pierrick et Thomas ont choisi d’empanner en début de nuit, j’ai préféré continuer un peu. Mais vers 5h du matin le vent bascule complètement, c’est le moment de tourner. Un peu trop sûr de moi-même et avide de grappiller encore quelques milles je choisis d’une part de ne pas attendre le lever du jour qui a lieu une heure plus tard et qui simplifie quand même bien les choses, et d’autre part d’empanner sous spi au lieu d’affaler, d’empanner puis de renvoyer sur l’autre bord. Je me sens d’humeur joueuse. Je joue donc… et je perds !
Alors que la manœuvre est bien engagée, que la GV est bordée dans l’axe entre les deux bastaques prises simultanément, une vague pousse le bateau qui part au lof sur la nouvelle amure. Moi qui suis encore assise de l’autre côté je me retrouve plongée sous l’eau, trempée de la tête au pied. Mon précieux coussin anti-escarre passe à l’eau et la poignée qui le retenait à bord s’arrache, il est perdu. Je garde mon calme et prend tout ça avec philosophie. Je fais les choses dans l’ordre, je choque la bastaque sous le vent, choque la GV pour remettre le bateau dans l’axe puis m’occupe enfin du spi qui traîne dans l’eau. Je le renvois et c’est reparti. Un petit coup d’œil sur l’anémomètre m’informe qu’il y a en réalité 20 nds établis, un peu sport pour un empannage sous spi ! Je suis gelée et file me changer avant de tout étendre au soleil levant dans l’espoir de faire sécher mes habits. J’en profite pour me laver avec des lingettes, ça fait du bien.
A la VHF j’entends désormais Mathieu Guillon-Verne qui navigue également sur un Super Calin. C’est bon signe, je l’ai rattrapé durant la nuit. Et c’est sympa, on discute un peu. Je refais également le plein de mes bouteilles d’eau avec les bidons, opération toujours délicate car le bidon est lourd et il faut caler la bouteille et son entonnoir. Ca ressemble un peu à une épreuve de Fort Boyard !
J’aperçois dans la matinée mon premier poisson volant puis dans l’après-midi j’en vois passer des dizaines. Ils sont vraiment drôles, très beaux et donnent l’impression de surgir de nulle part. Leurs ailes transparentes brillent lorsqu’ils décollent car l’eau coule dessus ; ils rebondissent avec leur ventre sur l’océan avant de prendre leur envol ; ils volent au ras de l’eau mais peuvent aller franchement loin. Et il n’y a pas d’atterrissage, ils rentrent les ailes et foncent dans une vague en faisant une grande éclaboussure. Souvent un banc entier décolle, sans doute pour fuir un prédateur sous-marin. Les oiseaux eux ne les attaquent pas.
Ce qui est marrant c’est qu’ils n’ont pas de pieds, logique pour des poissons me direz-vous. Sauf que le gros ennui c’est que si par malheur ils se posent ailleurs que dans l’eau ils ne peuvent plus redécoller et sont condamnés à mourir sur place. Et ça arrive toutes les nuits. Ils ne voient pas le bateau, se prennent dedans, font un boucan du diable en battant des ailes désespérément, laissent des écailles partout sans compter l’odeur de poisson et meurent. Lorsque je les entends je les remets bien sûr à l’eau même si ce n’est pas si évident, mais le plus souvent je les découvre morts au lever du jour. Voilà une photo de l’un des ces malheureux. Il est impossible des les prendre en vol tellement ça se passe vite.
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Je passe toute l’après-midi sous petit spi et GV haute malgré les 12 nds établis car la météo annonce encore 30 nds. Bien sûr on ne les verra jamais, par contre Sigrid sous grand spi en profite pour me rattraper. Fred est derrière, toujours à portée de vue. Mathieu est devant. Le soleil tape très fort, j’ai mis mon chapeau, de la crème solaire, les lunettes, un pantalon et un T-shirt à manches longues, je ne tiens pas à brûler ni à me faire une insolation. Et à ceux qui s’étonneront de ma blancheur à l’arrivée je répondrai tel Brice « Attends, quand tu surfes à 100 milles à l’heure t’as pas trop le temps de bronzer !! »
Il ne reste plus que 350 milles avant le Cap Vert. On avance en gros à 7 nds sur la route, c’est top. J’ai attaqué les chamallows de Maman et me régale de viande des grisons tous les midis.
Vendredi 12 Octobre
La nuit est bonne, je renvois progressivement tous les ris mais décide d’attendre le lever du jour pour faire un changement de spi. J’avance bien, entre 6 et 7 nds sur la route. Sigrid est juste à côté de moi. Un bateau accompagnateur nous demande si nous avons du vent, je lui réponds par l’affirmative et il m’explique que les bateaux qu’il capte à l’Ouest se plaignent de la pétole. C’est une bonne nouvelle pour nous, nous allons repasser ce paquet dans lequel se trouve Pierrick et Thomas sur leurs Banane et Citron puisqu’ils ont empanné avant moi. Et Sigrid et moi avons toujours en ligne de mire Mathieu, encore quelques milles devant. Le bateau accompagnateur discute avec Gaël que je n’entends pas. Cela me permet d’avoir de ses nouvelles, c’est sympa. Apparemment lui m’entend, ce sont les charmes de la VHF, quelqu’un que vous ne captez pas peut vous entendre et vous pouvez entendre des demi conversations…
Fred quant à lui est maintenant distancé. Le pauvre a été victime du même problème que moi à la première étape avec ses panneaux solaires. Il est parti brutalement aux tas et a perdu ses deux panneaux solaires amovibles. Le soleil a beau être bien présent, son panneau solaire fixe ne suffit pas à recharger convenablement les batteries. Il doit donc passer énormément de temps à la barre et s’est endormi malgré lui cette nuit pendant que le bateau faisait n’importe quoi. Il a donc décidé de s’arrêter au Cap Vert en espérant y trouver des panneaux.
A ce sujet il faut que je revienne un peu sur l’autonomie complète dont nous devons faire preuve. En effet tout matériel perdu ou cassé, s’il n’a pas été embarqué en spare avant le départ va nous manquer cruellement jusqu’à l’arrivée, à moins de faire escale (et encore, on ne trouve pas tout au Cap Vert, loin de là !). S’il parait évident que sans panneaux solaires c’est la catastrophe il y a d’autres choses auxquelles on pense moins mais qui peuvent être très importantes. J’avais par exemple emmené une deuxième paire de lunette au cas où, et un deuxième chapeau. Et comme nous n’avons généralement pas de préparateur (c’était mon cas) personne ne va vous amener de matériel lors de votre escale. En réalité au Cap Vert ceux qui feront escale dépouilleront le bateau d’Alex Pella qui abandonne. Et Fred récupérera ses panneaux, Bertrand son stick de barre et sa girouette électronique ! Mais passé le Cap Vert il n’y a plus d’escale possible jusqu’au Brésil…
Une nuit je me suis fait une grosse peur sur le même thème. La journée les batteries se rechargent avec les panneaux solaires. La nuit elles se vident, d’autant plus que les feux sont allumés, les cadrans électroniques aussi, et le pilote barre beaucoup comme expliqué précédemment. Tout l’art de la chose consiste à ne pas les vider trop sinon elles sont foutues et ne peuvent plus se recharger, et c’est la catastrophe car il n’y a plus d’énergie à bord donc plus de pilote… Ainsi on commence généralement la nuit vers 12,8V et on finit vers 12,1V si on laisse le pilote barrer pendant 12h et que l’on travaille sur une seule batterie à la fois, ce qui permet en cas de catastrophe de disposer de la seconde batterie. La limite basse est de 11,9V, pas très loin donc. Et pour contrôler tout ça je mesure régulièrement la tension de la batterie à l’aide d’un voltmètre. Et une nuit le voltmètre ne marchait plus, il indiquait 0V. J’ai eu d’un coup très peur car je n’avais pas de deuxième voltmètre et j’aurai été dans l’incapacité de gérer mon énergie, obligée de barrer beaucoup plus dans le doute, bref la course changeait du tout au tout. Et pourtant un voltmètre ne coûte guère plus de 5€, le problème n’est pas là. Le souci c’est qu’on manque de place, qu’on fait également la chasse au poids (modérément pour moi) et qu’on ne peut pas tout avoir en double, c’est impossible. A chacun d’anticiper et prendre avec lui ce qui est le plus critique ou le plus fragile. Ce qui engendre quelques frayeurs, jusqu’à ce que le voltmètre remarche par exemple…
Vers midi je vois apparaître un autre bateau que Sigrid derrière moi. Qui est-ce ? On s’interroge ensemble à la VHF, persuadées que ça ne peut pas être un bateau de série, donc forcément c’est un prototype. Eh non… c’est un bateau accompagnateur, Esprit d’Equipe. Je lui fais part de mon problème de lèvre. En effet je n’ai plus de crème pour les lèvres et j’ai déjà une énorme gerçure qui me fait très mal, ça saigne. Je leur demande s’ils ne connaissent pas un produit que je pourrais mettre. Ils posent la question au médecin de la course par email via l’iridium et me répondent dans la journée de mettre de l’écran total jour et nuit, il parait que ça hydrate aussi.
Il fait une chaleur étouffante, je n’ose même pas regarder le thermomètre. A l’extérieur on a l’impression de brûler en plein soleil, sans ombre car celle des voiles est sur l’eau, pas sur le bateau jusqu’à 3h de l’après-midi (il fait jour à 7h, nuit à 6h environ, je parle en TU). A l’intérieur c’est le sauna, guère mieux. L’humidité est très forte, les habits salés absorbent à nouveau l’eau de l’air durant la nuit. La photographe à bord d’Esprit d’Equipe s’inquiète même pour son matériel devant une telle humidité. On est trempé sans bouger, comme dans un hammam.
Tout à coup je vois quelque chose à la surface de l’eau, on dirait une bouée. Mais je dois rêver, une bouée par 3000m de fond au milieu de nulle part, à 200 milles de toute terre c’est impossible. Pourtant elle est là et passe à 5m du bateau. C’est une énorme bouée métallique, comme un marque spéciale qui aurait perdu sa croix. Je n’imagine même pas les dégâts si par malheur j’étais rentrée dedans de nuit. Elle a dû casser son ancre et vogue à la dérive. Je signale sa position au bateau accompagnateur pour que d’une part ils préviennent les bateaux derrière, d’autre part les autorités maritimes locales.
Un nouveau bateau apparaît à l’horizon, cette fois c’est Mathieu que nous avons rattrapé. Il discute avec Gaël que je n’entends toujours pas. Le vent a bien molli ce qui fait mes affaires, je m’en sors toujours bien dans la pétole. Le moral est excellent. Je profite de cette accalmie pour faire le tour du bateau et vérifier que tout va bien. Je répare quelques trous dans la GV, resserre les goupilles de safran, fait un check up des drisses, tout va bien. J’en profite aussi pour faire un petit film, bilan de cette première semaine de course, le voici. L’image est un peu déformée car il a fallu que je la tourne de 90°.
Samedi 13 Octobre
La nuit est agréable. Je fais plusieurs empannages mais tout se passe bien. Au milieu de l’un d’entre eux un poisson volant atterrit dans le cockpit, ce n’est pas vraiment le moment, je le repousse à l’eau avec la manivelle de winch ! Mathieu lui a mangé hier matin le malheureux qui s’était posé sur son bateau ; verdict pas terrible avec beaucoup d’arrêtes. Voilà une photo de moi prise cette nuit là.
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Ce matin, bonne nouvelle, je capte Gaël, c’est chouette !!! Le pauvre a eu pas mal de soucis durant ces derniers jours. Son safran a failli partir, il a perdu un embout de barre de flèche et a dû monter dans le mât par 20 nds de vent, il s’est brûlé la jambe avec l’écoute de spi lors d’un départ au tas, bref, pas mal de galères mais il va mieux. J’espère de mon côté qu’on va pouvoir s’entendre longtemps, c’est plus sympa. Je suis maintenant à 100 milles du Cap Vert que je pense passer dans la nuit, en empruntant le canal de St Vincent, à l’Ouest de l’archipel.
Le vent remonte progressivement et en prévision de l’éventuel renforcement dans les îles je passe sous petit spi à la tombée de la nuit. En réalité le vent ne forcira pas mais comme je dois empanner plusieurs fois et qu’avec le petit spi il y a nettement moins de cocotiers c’est pas plus mal. Je m’en sors plutôt bien jusqu’à la dernière pointe de l’île de St Vincent. Tout à coup celle-ci est recouverte de nuage je ne la vois plus. Je me dirige grâce au GPS et je vois une masse sombre devant moi. Je pense toujours que ce sont les nuages et le GPS me dis que je passe sans problème la pointe donc je continue. Je m’approche de plus en plus de cette masse sombre, regarde frénétiquement et alternativement la carte et le GPS, ça ne colle pas. J’essaie désespérément de joindre Gaël qui est normalement devant, sans succès (en fait il a changé par erreur de canal de communication et s’en apercevra plusieurs heures plus tard). J’appelle Sigrid qui me dit qu’elle voit le feu sur la pointe, il n’y a plus de nuage. En fait la position GPS de la pointe est fausse, et je suis tellement sous les falaises que je ne vois plus le feu qui est au sommet. Je fais route droit sur la falaise et suis vraiment proche maintenant. Grosse frayeur, empannage de dernière minute.
Je quitte maintenant l’archipel, le jour se lève, Sigrid est juste derrière moi. Je n’ai presque pas dormi de la nuit et suis épuisée, surtout avec le gros coup de stress de la falaise. Je tiens à préciser que les coordonnées que j’avais rentrées sont celles données dans le livre des feux, qui sont donc fausses.
Je fais une petite vidéo que voilà.